Saint-Jérôme: une surdose, un suicide et le fentanyl comme fil conducteur

Le Bureau d'enquête indépendante devra éclaircir les circonstances... (Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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Le Bureau d'enquête indépendante devra éclaircir les circonstances de la mort de l'homme qui s'est suicidé hier lorsque les policiers se sont présentés pour perquisitionner sa résidence, à Saint-Jérôme.

Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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Deux drames coup sur coup, suivis d'une grande tristesse. Un homme malade qui allégeait ses souffrances avec des timbres de fentanyl a d'abord été retrouvé mort à Saint-Jérôme, dimanche, vraisemblablement victime d'une surdose. Quelques heures plus tard, un ami soupçonné de lui avoir fourni le puissant analgésique s'est donné la mort alors que les policiers arrivaient pour l'interroger à propos de son rôle dans l'affaire.

Deux enquêtes parallèles ont été déclenchées à la suite de cette affaire. La Sûreté du Québec devra faire la lumière sur le premier décès et déterminer s'il s'agit d'un geste volontaire ou d'une erreur d'automédication, dans un contexte où l'explosion de surdoses liées aux opiacés est qualifiée de « crise nationale de santé publique » par Ottawa.

Dans le deuxième cas, c'est le Bureau d'enquête indépendante (BEI) qui devra éclaircir les circonstances de la mort de l'homme et s'assurer que l'intervention policière a été faite dans les règles de l'art.

DOULEURS PÉNIBLES

Jean-Guy Lauzon, un résidant de la rue Saint-Faustin, à Saint-Jérôme, était gravement malade. Un cancer, avait-il dit à ses voisins. « Il avait perdu 45 livres, il avait de la misère à se traîner, mais il sortait chaque jour. C'était une bonne personne », raconte Nicole Plouffe, qui habite l'appartement directement sous le sien.

Devenu grand-père il y a quelques années, M. Lauzon aimait répéter que « Dieu est bon ». Mais sa maladie le faisait souffrir. Il avait raconté autour de lui qu'un ami lui procurait des « patchs » pour la douleur.

Dimanche, alors qu'elle écoutait la télévision, Mme Plouffe a sursauté.

«J'ai entendu un gros boum, je me disais que c'était probablement quelque chose qui était tombé, une chaise, peut-être.»

Nicole Plouffe

Lundi matin, un bon ami de M. Lauzon, Alain Cliche, l'a découvert étendu, sans vie. Sur Facebook, M. Cliche avait écrit dès 5 h : « Je sens que la journée va être pénible. » Deux heures plus tard, il publiait un nouveau statut. « J'ai une très mauvaise nouvelle ce matin : notre ami Jean-Guy est décédé cette nuit. »

Appelée sur place, la police municipale de Saint-Jérôme a découvert plusieurs timbres de fentanyl sur le corps du défunt, selon ce qu'ont confirmé deux sources bien au fait du dossier à La Presse. Cet opiacé 100 fois plus puissant que la morphine peut être prescrit comme antidouleur, mais il circule aussi sur le marché noir.

UNE PERQUISITION VIRE À LA TRAGÉDIE

La police municipale a alors appelé la Sûreté du Québec à la rescousse pour la suite de l'enquête. Ses agents se sont intéressés à Alain Cliche, soupçonné d'avoir aidé le défunt à se procurer le fentanyl. Ils se sont rendus chez lui, rue Rochon, toujours à Saint-Jérôme.

« Dans le cadre de cette enquête, la SQ aurait obtenu un mandat pour perquisitionner le domicile de l'homme de 55 ans. Une fois sur les lieux, les policiers auraient demandé plusieurs fois à l'homme d'ouvrir sa porte. Ils auraient entendu un bruit à l'intérieur du domicile. Le civil aurait été retrouvé mort, semblant avoir retourné une arme à feu contre lui », a expliqué hier le BEI dans un communiqué.

Toute la journée, plusieurs personnes ont rendu hommage aux deux disparus, de vive voix et sur les réseaux sociaux.

Le fentanyl

  • Le fentanyl est un opioïde prescrit au Canada depuis les années 90.
  • L'an dernier, un rapport de l'Institut canadien d'information sur la santé relevait que le nombre d'hospitalisations pour intoxication aux opioïdes au Canada a augmenté de 30 % entre 2007 et 2015.
  • La crise entraînerait plus de 13 hospitalisations par jour.
  • Le Québec était la province avec le plus faible taux d'hospitalisations pendant la durée de l'étude.
  • L'organisme Échec au Crime a annoncé récemment que pour combattre le phénomène, il offre 2000 $ de récompense pour toute information qui permet la saisie de fentanyl au Québec.




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