Entre les murs de HEC Montréal, la recherche en gestion offre une lecture éclairante des réalités qui définissent le monde d’aujourd’hui et de demain. Si certains chercheurs font des grands courants transformateurs de notre société leur terrain de jeu, d’autres tournent leur regard vers les angles morts. Là où la science ne regarde pas, ou très peu. Entretien avec deux de ces chercheurs de renommée internationale qui avancent sur un terrain indéfriché.

Publié le 9 janvier

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De leur propre aveu, Isabelle Le Breton-Miller et Danny Miller aiment pointer leur « microscope » de chercheurs là où personne ne regarde déjà. « Nous avons un parti pris pour ce qui relève de l’anomalie, ce qui est considéré comme une bizarrerie », affirme d’entrée de jeu la professeure titulaire au Département de management à HEC Montréal. Son partenaire de recherche et elle ont trouvé dans l’étude de l’entreprise familiale, ici et à travers le monde, un formidable angle mort à explorer.

« L’entreprise familiale comme organisation est un sujet boudé par la recherche, par l’enseignement et même par les médias… sauf quand à l’interne, une chicane familiale éclate au grand jour », explique Danny Miller, chercheur titulaire au Centre de recherche sur les organisations, la stratégie et la gouvernance. « Presque personne ne s’intéresse, n’enseigne ou n’étudie l’entreprise familiale. »

Naviguant à contre-courant, Isabelle Le Breton-Miller et Danny Miller font des affaires familiales leur objet d’étude de prédilection. Si bien que les deux chercheurs, qui figurent parmi les scientifiques les plus influents au monde dans le domaine de l’économie et de la gestion, ont vu leur contribution exceptionnelle récompensée. En juin dernier, un regroupement d’universitaires de renom et de dirigeants d’entreprises familiales du monde entier leur décernait le FERC Lifetime Influence and Impact Award, un prestigieux prix reconnaissant leur apport à la connaissance et au développement des firmes familiales et des familles en affaires.

L’entreprise familiale : plus performante et plus pérenne

À la Chaire sur la relève et sur l’entreprise familiale, dirigée par Isabelle Le Breton-Miller, on examine la question sous toutes ses coutures. La professeure a d’ailleurs développé un sixième sens pour détecter les entreprises qui ont des racines familiales. « On pense à tort que ça se résume au petit commerce de quartier, le fameux mom and pop’s shop, relate la chercheuse. On a l’impression que c’est un modèle figé dans le passé. » Pourtant, les familles à la tête de sociétés sont partout autour de nous, dans tous les secteurs, et elles mènent souvent des affaires florissantes.

Au cœur du travail de la chaire de recherche, les études réalisées s’appuient sur plusieurs vastes ensembles de données qui permettent de disséquer des entreprises de partout, de toute taille et de tous les horizons. Parmi les constats qui se dégagent de ces analyses, les chercheurs ont découvert que les sociétés appartenant à des familles ont un taux de survie trois fois plus élevé que les autres. « Leur durée de vie moyenne s’élève à 25 ans, alors qu’on s’extasie devant le fait qu’une jeune pousse franchisse la barre des 5 ans d’existence », illustre Danny Miller.

Outre cette stabilité remarquable des entreprises familiales, une de leurs recherches démontre aussi que celles qui enregistrent le plus de succès reposent sur… des couples mariés ! Une petite victoire morale pour le couple de scientifiques, tout aussi complices dans la recherche que dans la vie.

« Les couples à la tête d’une entreprise familiale génèrent en moyenne un rendement des actifs 19 % plus élevé que les autres entreprises.

Isabelle Le Breton-Miller, professeure titulaire, Département de management, HEC Montréal

On peut supposer, selon Danny Miller, que la complémentarité de deux dirigeants qui se sont choisis dans la vie et en affaires est un facteur de succès.

Moteur économique et social

Pourquoi ces chercheurs jugent-ils que les projecteurs devraient se braquer plus souvent sur les affaires familiales ? « Parce que c’est véritablement l’épine dorsale de notre économie », dit sans détour Danny Miller. Au Québec, on attribue aux entreprises familiales 80 % de la création de nouveaux emplois, une tendance qui est représentative de ce que l’on observe aussi à l’extérieur de nos frontières.

Ce que la pandémie a révélé également, c’est que ces entreprises sont ancrées dans le tissu social de la communauté. « Face à la crise, on a pu observer leur résilience, relate Isabelle Le Breton-Miller. Plusieurs s’en sont bien tirées parce qu’elles accordent généralement une grande importance à l’établissement de relations durables avec leurs employés, avec leurs parties prenantes et aussi avec la collectivité. » Voilà autant de facteurs qui contribuent à la pérennité de ces organisations.

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