(Agra) Les touristes étrangers autorisés à revenir en Inde sont impatiemment attendus par l’industrie touristique notamment à Agra, cité du célébrissime Taj Mahal dont seuls jouissent, pour l’heure, les visiteurs indiens et une poignée de voyageurs d’affaires étrangers qui bravent la peur de la COVID-19 ainsi qu’une intense pollution.

Laurence THOMANN Agence France-Presse

« Il y a deux jours (dimanche), la pollution était si mauvaise que je ne pouvais pas distinguer le Taj Mahal à 10 m », déclare à l’AFP, Shaman, 51 ans, un des gardiens du monument, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Lundi, la concentration de particulues PM2,5, les plus dangereuses, a atteint 160 microgrammes par mètre cube, selon les chiffres gouvernementaux, le pire niveau de la saison.

Mardi dans la lumière rosée du petit jour, le Taj Mahal, surplombant la rivière Yamuna, demeurait légèrement voilé, mais parfaitement visible pour le plus grand plaisir de centaines touristes indiens et de quelques rares étrangers venus le contempler.

La qualité de l’air de la capitale New Delhi et des régions environnantes comme Agra à quelque 225 km au sud, dans l’État de l’Uttar Pradesh, où se dresse le majestueux mausolée de marbre blanc, se détériore chaque hiver, avec des quantités de particules fines qui atteignent des niveaux extrêmement dangereux.

« Occasion à ne pas manquer »

« En Australie, nous savons tous que l’Inde peut être un peu polluée et que la qualité de l’air n’est pas forcément la meilleure. Mais je n’ai jamais considéré la pollution comme une raison de ne pas venir », confie à l’AFP Lachlan Mazzer, Australien de 33 ans, avant de pénétrer dans l’enceinte du Taj Mahal.

« La pollution n’est pas un problème », insiste le jeune homme, aux bras couverts de tatouages, profitant d’un déplacement professionnel dans le nord de l’Inde pour faire un détour à Agra avant son retour en Australie, « j’ai beaucoup de chance d’être ici, je ne pouvais pas manquer une telle occasion de voir la septième merveille [du monde]. »

De même, Rayaz Vrsi, 47 ans, en provenance de Tanzanie avec son épouse, a également profité d’un voyage d’affaires et n’aurait pas raté la visite de ce monument à cause de la pollution : « c’est à couper le souffle ! »

Avant que ne sévisse la pandémie de COVID-19 en mars 2020, les foules se pressaient pour admirer ce chef-d’œuvre architectural de l’art indo-islamique, bâti entre 1631 et 1648, à l’initiative de l’empereur moghol Shah Jahan pour perpétuer le souvenir de son épouse favorite décédée.

Symbole universel de l’amour éternel et principale attraction touristique du pays, le monument est resté fermé de la mi-avril à juin, pendant la deuxième vague de coronavirus qui a violemment frappé le pays au printemps.

« L’industrie hôtelière souffre »

L’édifice avait déjà été fermé une première fois en mars 2020, au début de la pandémie mondiale pour ne rouvrir qu’en septembre.

Des mesures sanitaires strictes y restent en usage. Il est notamment interdit de toucher le marbre étincelant du monument. En revanche, le nombre de 650 visiteurs par jour autorisés n’est désormais plus du tout limité, selon Nitin Singh, guide touristique de 39 ans.

Confiant à l’AFP n’avoir « pas travaillé depuis deux ans », il se dit « impatient d’accueillir les touristes étrangers » comme tous ses confrères. Le site du Taj Mahal en accueillait « 20 000 chaque jour » avant la pandémie, précise-t-il.

« Toutes les autres entreprises ont démarré, toutes les industries, tout le monde a recommencé à travailler. Mais l’industrie hôtelière souffre toujours beaucoup », souligne-t-il.

Après une fermeture de vingt mois due à la pandémie de COVID-19, l’Inde a rouvert lundi un peu plus ses frontières aux touristes étrangers venant de pays ayant des accords de réciprocité.

Les voyagistes estiment cependant que la demande reste très faible à cause du prix des billets et des restrictions toujours en vigueur pour les voyageurs venant de l’Union européenne, du Royaume-Uni, de Chine et d’autres pays.

Les guides touristiques, eux, espèrent que les affaires reprennent vite « comme avant » la longue fermeture ayant privé de revenus tout le secteur, principal moteur économique d’Agra.