Les installations du parc Jarry demeurent un lieu privilégié pour la pratique du tennis pour tous. Et si le report de la Coupe Rogers à l’année prochaine prive les amateurs d’y voir les meilleures joueuses cet été, il prive aussi la fédération provinciale d’importants revenus.

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« Toutes les retombées du tournoi reviennent au développement du sport. Plus le tournoi va bien et plus il a du succès, plus elles sont intéressantes. La création du centre national émanait directement des retombées croissantes des deux tournois de la Coupe Rogers », assure Eugène Lapierre, directeur de l’événement à Montréal.

D’ailleurs, une semaine seulement avant les mesures de confinement imposées par le gouvernement, le directeur général de Tennis Québec, Jean-François Manibal, avait conclu une entente annuelle avec Tennis Canada, qui devait remettre une somme de 355 000 $ à la fédération provinciale.

« Avec le report des Coupes Rogers, Tennis Canada a été obligée de faire des coupures au niveau provincial, donc la subvention qu’ils devaient nous octroyer a été révisée à 55 000 $. On commence notre année financière avec un trou de 300 000 $ », explique M. Manibal, qui voit des impacts négatifs sur les services, les activités et le personnel.

Il assure toutefois être dans une position privilégiée grâce à l’harmonie entre les organisations nationale et provinciale de tennis. Par ailleurs, il a voulu travailler de près avec Tennis Canada dès le début de son mandat en 1980.

Le processus pour amener des joueurs au plus haut niveau commence très tôt et cette aide financière permet de les soutenir avant une entrée au Centre national d’entraînement.

« Nous ne sommes vraiment pas inquiets. On sait que nos académies ont de très bons entraîneurs qui sont passionnés par le sport. On vit des moments difficiles, mais je pense que tout le monde est prêt à rebondir », assure M. Manibal.

Explosion des tournois

La crise de la COVID-19 empêche cette année la tenue de près de 400 tournois juniors à travers la province. Ce nombre a véritablement explosé ces dernières années et, dès un jeune âge, des joueurs ont la possibilité de se mesurer aux meilleurs des autres provinces et même de voyager au-delà des frontières.

« Quand Félix (Auger-Aliassime) avait 8, 9 ou 10 ans, il allait en Floride pour jouer des tournois et il faisait des voyages partout à travers le Canada avec une équipe de jeunes de son âge », donne en exemple le président de Tennis Québec Réjean Genois, qui rappelle qu’il existe maintenant différents centres de développement et des programmes sport-études dans 14 écoles qui visent l’amélioration des jeunes joueurs.

Jean-François Manibal vante également la qualité de nombreux tournois qui permettent depuis des dizaines d’années aux joueurs de se mesurer aux meilleurs, tout en restant au Québec. Parmi eux, les Internationaux de tennis junior de Repentigny devaient fêter leur 35e anniversaire cet été.

« Quand tu permets aux jeunes d’affronter les meilleurs au monde chez eux et qu’ils sont encouragés par leur propre public, je pense que ça donne un très bon coup de pouce », affirme-t-il.

Ces événements où se sont illustrés les meilleurs espoirs québécois rappellent également cette tradition de tennis au Québec.

« À mon époque, il y avait un circuit canadien, qui traversait le Canada, mais le tournoi préféré de tous les joueurs canadiens était à Granby. Et dans les années 1980, un circuit québécois (Le Circuit Labatt Légère) avait une dizaine de tournois par année et tous les joueurs canadiens venaient y jouer. Si tu voulais faire un peu d’argent et jouer du tennis de très haute compétition, c’était au Québec que ça se passait », se rappelle Réjean Genois, un ancien champion canadien.

L’importance d’un club local

Entre l’âge de 9 et 13 ans, un joueur de tennis vit des années importantes et Jacques Hérisset, l’un des grands bâtisseurs du tennis de la région de Québec et l’un des fondateurs de l’Académie Hérisset Bordeleau, l’a toujours souligné.

« L’objectif premier à l’académie était d’en faire sortir des gens confiants dans la vie, capables de résister à des stress et aux challenges devant eux. Nous avons eu plein de témoignages de jeunes qui, grâce au tennis, ont bien réussi dans la vie », dit-il.

Félix Auger-Aliassime y était bien entouré durant son développement dans la Vieille Capitale. M. Hérisset se rappelle son arrivée à son école de tennis.

« Lorsqu’on a fondé l’académie en 1975, on se disait toujours avec mon collègue qu’on était des losers parce qu’on a formé plein d’athlètes et qu’on a eu zéro champion du monde, se souvient-il, à la blague. En réalité, des champions dans la vie, on en avait fait plein. Mais alors, quand Félix est arrivé, on s’est dit “ça y est, on en a un !” »

M. Hérisset reconnaît le grand rôle qu’a joué son père, Sam Aliassime, qui a pris cette année les rênes de l’académie, maintenant nommé l’Académie Aliassime. En plus de participer à un programme sport-études, Félix a suivi les conseils de son père et des pros de l’académie et a poursuivi sa progression jusqu’au centre national.