(Rome) Silvio Berlusconi rêvait de finir sa carrière sous les ors du palais romain du Quirinal comme président de la République, il se retrouve finalement empêtré dans un énième procès où six ans de prison ont été requis mercredi contre lui.

Publié le 25 mai
Gildas LE ROUX Agence France-Presse

L’ex-premier ministre italien, 85 ans, répond devant un tribunal milanais de subornation de témoins pour avoir rémunéré les jeunes invitées aux bacchanales qu’il organisait dans sa somptueuse ville d’Arcore, près de Milan, afin qu’elles témoignent en sa faveur.

Pour l’accusation, il ne fait aucun doute que le milliardaire s’était résolu à « payer pour le silence et les mensonges de ses invitées », une vingtaine au total, au premier rang desquelles Karima El Mahroug, dite Ruby.

M. Berlusconi tenait absolument à ce qu’elles ne révèlent rien des fameuses soirées « bunga bunga », qui donnaient une image sulfureuse de celui qui a occupé trois fois le poste de chef de gouvernement (1994-1995, 2001-2006 et 2008-2011).

« On a promis à ces jeunes femmes un revenu mensuel de 2500 euros et un toit, une maison, un logement », a affirmé le procureur Luca Gaglio. Sa collègue Tiziana Siciliano a dressé le portrait peu flatteur d’un vieux « sultan » recourant à des « esclaves sexuelles rémunérées ».

M. Berlusconi était « un homme qui pouvait avoir le monde à ses pieds », un premier ministre « qui avait des amitiés comme celle avec Poutine, qui aujourd’hui met le monde à genoux », mais aujourd’hui « c’est une personne âgée, malade ».

M. Berlusconi « avait l’habitude d’égayer systématiquement ses soirées chez lui avec des groupes d’odalisques, esclaves sexuelles rémunérées, qui le divertissaient et pour certaines passaient la nuit avec lui », a-t-elle encore lancé, s’attirant les foudres des conseils de Berlusconi, qui a dénoncé des remarques « de mauvais goût ».

Pour la défense, le paiement de ces millions d’euros était juste une manière de se montrer généreux envers des jeunes femmes dont l’affaire avait brisé la réputation.

Outre le milliardaire, 28 personnes sont accusées dans ce procès de première instance, notamment pour faux témoignage. Parmi elles, la vingtaine d’ex-invitées aux soirées organisées dans sa villa, dont Ruby, contre laquelle cinq ans de prison ont été requis pour faux témoignage.

Le crépuscule du « Cavaliere »

Cette affaire illustre aussi la lenteur d’escargot de la justice italienne : alors que l’enquête a été conclue en 2015, elle n’a donné lieu à aucun jugement, une anomalie reconnue par la procureure.

« Si un procès peut arriver à une condamnation en première instance au bout de huit ans, cela veut dire que le système a échoué », a-t-elle déploré.

Pour Silvio Berlusconi, ce dossier n’est qu’un feuillet de plus sur la longue liste de ses innombrables tracas avec la justice italienne depuis son entrée en politique en 1994.

« J’ai dépensé 770 millions d’euros pour 105 avocats qui m’ont assisté au cours des procès », avait-il un jour commenté.

Les magistrats se sont intéressés à lui pour des affaires allant de la fraude fiscale à la prostitution de mineure en passant par le financement illégal de parti politique et la corruption.

La plupart de ces procès se sont terminés par des acquittements, en cassation, ou ont été prescrits. Silvio Berlusconi a toujours clamé son innocence, s’estimant victime d’un acharnement judiciaire à but politique.

En 2013, la Cour de cassation a cependant confirmé une condamnation assortie d’inéligibilité à quatre ans de prison (dont trois amnistiés) pour fraude fiscale. Il a effectué sa peine sous forme de travaux d’intérêt général (TIG) en 2014.

Ce dernier chapitre judiciaire intervient alors que la carrière de Berlusconi touche désormais à son crépuscule : son parti Forza Italia n’est plus crédité que d’environ 8 % dans les sondages et sa candidature en janvier à la présidence de la République, un poste honorifique, mais prestigieux, a été un fiasco retentissant.

Selon son entourage, il s’était senti comme « un lion blessé » après son échec dans cette ultime course, qui avait abouti à la réélection du président sortant, Sergio Mattarella.

L’octogénaire est en outre affligé de problèmes de santé : en septembre 2020, après avoir été hospitalisé 11 jours pour une pneumonie due à la COVID-19, il avait raconté avoir échappé de peu à la mort.

Et en 2021, il a multiplié de nouveau les hospitalisations à Milan et Monaco, en raison de problèmes d’arythmie cardiaque, d’une chute à son domicile ou des séquelles de la COVID-19.