(Londres) Meghan Markle a obtenu jeudi gain de cause contre un tabloïd britannique condamné pour la publication d’une lettre qu’elle avait écrite à son père, une « victoire » susceptible de refaçonner une presse à sensation cruelle et mensongère, selon l’épouse du prince Harry.

Mis à jour le 2 déc. 2021
Martine PAUWELS Agence France-Presse

C’est une étape importante pour l’ex-actrice américaine de 40 ans qui, avec son époux, sixième dans l’ordre de succession à la couronne britannique, décrie régulièrement les méthodes des tabloïds, souvent sans pitié à son encontre.  

L’éditeur du Mail on Sunday, le groupe Associated Newspapers Limited (ANL), avait contesté devant la Cour d’appel une décision de justice de février, selon laquelle la publication de la lettre de Meghan à son père était « manifestement excessive et donc illégale », et violait donc sa vie privée. Le tabloïd reprochait notamment que la décision ait été prise en première instance, sans passer par un procès en bonne et due forme.

« Cet appel sera rejeté », a tranché jeudi le juge Geoffrey Vos. « La Cour d’appel maintient la décision du juge selon laquelle la duchesse pouvait raisonnablement s’attendre au respect de sa vie privée », a-t-il ajouté, soulignant que le contenu de la lettre était « personnel, privé et ne présentait pas un intérêt légitime pour l’intérêt public ».  

« Ce qui importe le plus, c’est que nous sommes maintenant collectivement assez courageux pour remodeler une industrie des tabloïds qui pousse les gens à être cruels et tire profit des mensonges et de la douleur qu’ils créent », s’est réjouie Mme Markle après la décision de la Cour d’appel de Londres lui donnant raison.  

Dénonçant à de multiples reprises la pression des médias sur son couple, Harry, 37 ans, en a d’ailleurs fait la raison principale de sa mise en retrait de la famille royale, effective depuis avril 2020, et de son exil en Californie avec sa femme, où ils vivent avec leurs deux enfants.

Dans cette missive à son père publiée en 2018, peu après son mariage avec le prince Harry, la duchesse de Sussex demandait à son père Thomas Markle, 77 ans, de cesser de s’épancher et de mentir dans les médias sur leur relation brisée.

Le Mail on Sunday avait été condamné à faire état en une de sa défaite judiciaire, et son éditeur à verser 450 000 livres (530 000 euros) à Meghan pour ses frais judiciaires.  

Mais le tabloïd à grand tirage avait argué dans son appel examiné en novembre qu’elle avait écrit la lettre en sachant qu’elle pourrait être divulguée.

« Chaos » plutôt que « vérité »

Meghan Markle a dénoncé les pratiques « sans règles » de cette publication, qui a selon elle rendu « une affaire simple extrêmement alambiquée, en vue de générer encore plus de titres et de vendre plus de journaux - un modèle qui récompense le chaos plutôt que la vérité ».

Afin d’étayer ses dires, le Mail on Sunday avait mis en avant au cours des audiences en appel le témoignage de Jason Knauf, ancien secrétaire à la communication du couple qui avait affirmé que le projet de lettre avait été rédigé en ayant en tête « qu’elle pourrait fuiter ».  

Dans un témoignage écrit, Meghan avait réfuté cette affirmation, estimant qu’il s’agissait seulement d’une « possibilité ».  

Apportant de l’eau au moulin du tabloïd qui voulait démontrer que Meghan Markle cherchait régulièrement à influer l’opinion publique, M. Knauf avait aussi dit avoir fourni au nom de Meghan et Harry des informations privées aux auteurs de la biographie non officielle du couple royal, « Finding Freedom » (« Harry et Meghan, libres »).

Selon lui, le projet de livre était « discuté de façon routinière » et « directement avec la duchesse, en personne et par courriel ».  

Mme Markle a reconnu cette dernière information et s’est excusée d’avoir induit la cour en erreur en ne l’ayant pas précisé en première instance. Elle a cependant fait valoir que les informations partagées avec les auteurs étaient « bien loin des informations personnelles très détaillées » publiées par le Mail on Sunday.

Mais ce rétropédalage lui avait valu les moqueries des tabloïds, le Sun la surnommant « Madame Étourdie », en référence à la série de livres pour enfants « Monsieur, Madame ».