(Pefki) Dans la chaleur et d’épaisses fumées étouffantes, les pompiers livraient lundi pour le 7e jour consécutif une bataille acharnée contre le brasier de l’île d’Eubée, à 200 km à l’est d’Athènes, le plus destructeur des incendies qui touchent encore la Grèce et la Turquie.

Alexandros KOTTIS Agence France-Presse

Si la plupart des incendies en cours depuis près de deux semaines étaient stabilisés ou en rémission lundi en Grèce et en Turquie, le nord d’Eubée, la deuxième plus grande île de Grèce, présentait toujours un panorama apocalyptique.  

Le village côtier de Pefki, dans le nord, s’est réveillé dans un épais nuage de fumée âcre, a constaté une équipe de l’AFP.

Quelque 300 personnes évacuées de villages alentour ont passé la nuit dans un traversier amarré sur la longue plage. Au large, un bateau militaire attend tel un vaisseau fantôme sur un horizon imperceptible.

Le traversier « était le seul endroit où les gens pouvaient trouver un peu de calme et de sécurité », a expliqué à l’AFP un responsable militaire en faction, Panagiotis Charalambos.

PHOTO PETROS KARADJIAS, ASSOCIATED PRESS

Comme beaucoup de localités proches, Pefki « n’avait plus d’électricité ni d’eau », a précisé le capitaine du port adjoint.

Ces derniers jours, dans le nord d’Eubée, « les gardes-côtes ont effectué des dizaines d’opérations de sauvetage. 2600 personnes ont été évacuées depuis le début de l’incendie », dit-il, les yeux embués par l’atmosphère asphyxiante.

Sur le front de l’incendie, les villages de Kamatriades et Galatsades devaient être les priorités des pompiers lundi. Car « si le feu passe par là, il se trouvera dans une forêt épaisse et difficile à éteindre », selon les pompiers cités par l’agence grecque de presse ANA.  

Parmi les quelque 650 pompiers opérant lundi sur l’île, environ 250 sont venus d’Ukraine, de Serbie et de Roumanie, renforcés par 11 avions et hélicoptères bombardiers d’eau, a précisé la protection civile.

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Le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a indiqué qu’il avait demandé à Moscou l’envoi d’un second bombardier d’eau géant BE-200. La Turquie, pourtant rival régional de la Grèce, s’est engagée à envoyer deux avions supplémentaires, a indiqué le ministère grec des Affaires étrangères.

À Bruxelles, la Commission européenne a annoncé avoir augmenté ces derniers jours l’envoi d’avions, d’hélicoptères et de pompiers vers la Grèce, mais aussi l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Turquie.

Plusieurs États (France, Allemagne, Pologne, Autriche et Slovaquie) ont indiqué au cours du week-end se préparer à envoyer des équipes supplémentaires de pompiers en Grèce.

« Il ne reste plus rien »

Un à un, des dizaines de villages assiégés par le feu ont été vidés de leurs populations, au grand désespoir des locaux, dont les biens et les terres ont été réduits en cendres.

« Ici, les gens vivaient de la forêt, des récoltes, des olives et du tourisme. Il ne reste plus rien de tout çà », a déclaré Louisa, une retraitée rencontrée à Pefki.

Le ministre grec des Finances Christos Staikouras a annoncé que des aides d’un maximum de 6000 euros par foyer seraient allouées aux habitants dont les maisons ont subi des dégâts, ainsi qu’une somme de 4500 euros pour les blessés.

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Dans la ville d’Aidipsos, des collectes de produits de première nécessité s’organisaient pour les villageois qui ont tout perdu dans l’incendie.

« Vous avez vu l’État nous offrir de l’eau ? Des goûters aux enfants ? Personne. Ils laissent les commerçants et les habitants donner de l’eau aux gens », a déclaré, furieux, Giorgos, interrogé par l’AFP à Pefki.

« Moyens insuffisants »

La polémique a enflé ces derniers jours sur le manque de moyens alloués par la Grèce à la lutte contre les incendies, en particulier à Eubée.  

Le vice-gouverneur d’Eubée Giorgos Kelaïtzidis, de même que de nombreux maires et habitants, ont dénoncé des forces « insuffisantes ».  

Les moyens aériens rencontrent de « sérieuses difficultés » à cause des turbulences et d’une visibilité limitée, avait rétorqué dimanche le vice-ministre de la Protection civile Nikos Hardalias.

La Grèce et la Turquie traversent depuis près de deux semaines une vague d’incendies violents, favorisés par la sécheresse et des températures caniculaires, qui ont fait 10 morts et des dizaines de blessés hospitalisés.

Dans la région turque de Mugla, deux ouvriers forestiers ont été blessés par la chute d’un arbre en feu à Mentese et transportés à l’hôpital, a rapporté lundi la télévision d’État TRT.

Aux portes d’Athènes, l’incendie qui a détruit des dizaines d’habitations et d’entreprises était en rémission depuis dimanche, mais « le danger de résurgence est élevé », a prévenu M. Hardalias.  

De nombreuses forces terrestres continuaient lundi matin de lutter contre les flammèches au pied du mont Parnès.  

Un incendie a été maîtrisé en Crète, tandis que la situation était stabilisée dans le Péloponnèse où quelque 300 pompiers restaient mobilisés.