(Moscou) Vladimir Poutine a promis vendredi de répliquer aux poursuites engagées en Ukraine contre un proche pour « haute trahison », une cabale politique antirusse selon lui, illustrant encore les tensions entre Moscou et son voisin pro-occidental.

Agence France-Presse

Cette nouvelle crise intervient quelque semaines après celle provoquée par le déploiement massif de troupes russes aux frontières ukrainiennes et qui ont laissé craindre un temps à Kiev une offensive majeure de Moscou pour venir soutenir les séparatistes prorusses de l’est de l’Ukraine.  

Le président Poutine a évoqué le placement jeudi en résidence surveillée de son ami Viktor Medvedtchouk, lors d’une réunion du Conseil de sécurité, un organe où siègent notamment les directeurs des services de sécurité, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ou celui de la Défense Sergueï Choïgou.

« En gardant à l’esprit les menaces qui pèsent sur nous, nous devrons réagir en temps voulu et de façon appropriée », a-t-il déclaré, faisant référence sans le citer nommément à M. Medvedtchouk, homme politique et richissime magnat ukrainien qui se vante d’avoir Vladimir Poutine comme parrain d’une de ses filles.

Dirigeant de la « Plateforme d’opposition —Pour la vie », principale force d’opposition prorusse d’Ukraine avec une quarantaine de députés, il a été assigné jeudi à résidence.

PHOTO SERGEI SUPINSKY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Viktor Medvedtchouk s'est adressé aux médias alors qu'il quittait le tribunal, le 13 mai à Kiev.

Cet homme d’affaires de 66 ans, 12e fortune du pays avec 620 millions de dollars selon le magazine Forbes, est accusé de « haute trahison » et de « tentative de pillage de ressources naturelles en Crimée », péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014. Il risque jusqu’à 15 ans de prison.

Pour des raisons politiques, on reproche à quelqu’un de travailler avec la Russie dans le domaine économique alors que de nombreuses personnes, y compris des dirigeants politiques de haut rang, travaillent activement depuis de nombreuses années en Russie.

Vladimir Poutine

Pour lui, les poursuites visant Viktor Medvedtchouk sont destinées « à nettoyer » le paysage politique.  

La présidence ukrainienne a indiqué à l’AFP ne pas souhaiter réagir dans l’immédiat à ces propos.

Controversé en Ukraine

Les autorités ukrainiennes ont mené mardi des perquisitions dans deux villas et dans les bureaux de l’homme d’affaires et d’un autre député prorusse, Taras Kozak. Tous deux sont formellement suspectés de haute trahison.

M. Medvedtchouk s’est présenté le lendemain devant la justice et un tribunal a ordonné son assignation à résidence jusqu’au 9 juillet, alors que les enquêteurs réclamaient son placement en détention.

Controversé en Ukraine pour sa proximité avec Vladimir Poutine alors que les deux pays sont à couteaux tirés depuis l’annexion de la Crimée et le début de la guerre dans l’Est avec des séparatistes prorusses en 2014, il est régulièrement dans le collimateur des autorités.

En février, elles l’avaient sanctionné lui et son épouse et interdit trois chaînes de télévision prorusses considérées comme étant sous son contrôle. Il fait aussi l’objet de sanctions américaines.  

Il a servi pendant plusieurs années de représentant ukrainien dans les négociations avec les rebelles prorusses de l’Est et, comme Moscou, plaide en faveur de la transformation de son pays en fédération dans laquelle les entités régionales auraient beaucoup plus de poids, ce qui contrarierait les ambitions pro-UE et OTAN des autorités actuelles.

Les relations Russie-Ukraine, au plus bas depuis des années, semblent encore se détériorer depuis le début de l’année.

Kiev a dénoncé en mars une flambée de violence sur la ligne de front dans l’Est, l’imputant à Moscou et affirmant craindre une invasion alors que la Russie déployait des dizaines de milliers de soldats près de sa frontière, officiellement pour des exercices.

Washington, Bruxelles et l’OTAN ont multiplié les déclarations de soutien à Kiev, mais n’ont pas accédé à la demande ukrainienne d’accélérer son adhésion à l’Alliance atlantique, une ligne rouge pour Moscou.