(Londres) Elle a pensé au suicide lorsqu’elle vivait au sein de la famille royale britannique, où l’on s’inquiétait par ailleurs de la couleur de peau qu’aurait son fils : les confidences de Meghan Markle et de son mari, le prince Harry, à la télévision américaine, font l’effet d’une bombe au Royaume-Uni et secouent la couronne.   

Martine PAUWELS avec Thomas URBAIN à New York
Agence France-Presse

Un an après la mise en retrait du couple et son départ pour la Californie, ces confessions, recueillies par la star de la télévision Oprah Winfrey, dressent un portrait sombre de la monarchie britannique, cible d’un tir nourri d’accusations, de l’insensibilité au racisme.  

Pour les médias britanniques, la rupture a atteint un point de non-retour entre le duc et la duchesse de Sussex et le reste de la famille royale, qui n’avait pas réagi lundi après-midi.

PHOTO KIRSTY WIGGLESWORTH, ASSOCIATED PRESS

C’est « pire » que ce à quoi s’attendait la famille, estime le Times. La monarchie aurait eu besoin d’un « gilet pare-balles » face aux « obus » lancés lors de cette interview, selon le Telegraph. Selon un sondage portant sur 2111 adultes en Grande-Bretagne, 47 % d’entre eux estiment cette interview choc « inappropriée » et seulement 21 % d’entre eux l’ont approuvée.

Pour Chris Ship, commentateur de la famille royale pour la chaîne ITV, Harry et Meghan ont tout simplement « chargé un bombardier B-52, survolé Buckingham Palace et largué leur arsenal pile au-dessus, bombe après bombe, toutes lourdement chargées ».

Systématiquement impitoyable pour le couple, le Daily Mail s’indigne des « insultes » du prince à sa famille, son commentateur Piers Morgan dénonçant une « propagande écœurante » et un discours « hypocrite » de la part d’un couple enrichi par la royauté qui se plaint devant des millions de téléspectateurs de la pression médiatique.

Parfois émue aux larmes, Meghan Markle a dit avoir été tourmentée par des pensées suicidaires et a déploré de s’être vu refuser le soutien psychologique qu’elle demandait.  

« Je ne voulais tout simplement plus être en vie », a ajouté l’ex-actrice américaine métisse de 39 ans, enceinte de son deuxième enfant, une fille, mettant sa dépression sur le compte de la couverture agressive des médias britanniques.

« Douleur » et « cruauté »

Elle a aussi fait état de conversations au sein de la famille royale sur la couleur de peau de son fils avant sa naissance.

PHOTO HARPO PRODUCTIONS, VIA REUTERS

Le couple a toutefois tenu à faire savoir qu’il ne s’agissait pas de la reine Élisabeth II, 94 ans, ni de son mari le prince Philip, 99 ans, actuellement hospitalisé, a indiqué Oprah Winfrey, face aux interrogations suscitées par ces propos.

Le racisme des médias britanniques explique « en grande partie » le départ du couple, a par ailleurs dit Harry, le fils cadet de Charles et Diana, 36 ans, dans un nouvel extrait diffusé lundi.

Des accusations rejetées lundi par la Société des éditeurs, un groupe rassemblant de hauts responsables de la presse britannique. « Il est inacceptable que le Duc et la Duchesses formulent de telles accusations sans fournir la moindre preuve », a déclaré Ian Murray, le directeur de cette société dans un communiqué lundi soir, affirmant que la presse britannique n’était « certainement pas raciste ».

Les époux, désormais installés à Montecito, ont expliqué leur mise en retrait et leur départ pour les États-Unis par la conjonction d’une pression médiatique intenable et du manque de soutien de la famille royale.

Ces révélations ont déclenché une tempête de réactions des deux côtés de l’Atlantique.  

La Maison-Blanche a souligné le « courage » du couple de se livrer ainsi, tout en soulignant que Harry et Meghan étaient désormais des « citoyens privés ».

Côté britannique, le groupe anti-monarchiste Republic, voit pour sa part dans ces révélations la preuve que l’institution est « pourrie jusqu’à la moelle ».  

Le premier ministre Boris Johnson a lui refusé de commenter les affaires de la famille royale, se contentant d’exprimer « sa plus grande admiration » pour Élisabeth II.

« Campagne de dénigrement »

Harry a également loué son aïeule, sur le trône depuis 1952. « Ma grand-mère et moi avons une très bonne relation et une entente », a-t-il dit. « Et j’ai un profond respect pour elle. »

En revanche, il s’est dit « vraiment déçu » par son père, le prince Charles. « Il y aura du travail » pour améliorer cette relation, « mais en même temps, je l’aimerai toujours ».

Meghan a aussi affirmé que, contrairement à ce qui avait été rapporté par la presse britannique, alimentée par le Palais, ce n’était pas elle qui avait fait pleurer Kate, la duchesse de Cambridge, lors d’un incident survenu peu avant son mariage, mais bien l’inverse. Kate s’était excusée peu après, a-t-elle précisé.

Harry et Meghan, qui ont révélé s’être mariés en secret trois jours avant la cérémonie officielle très médiatisée, ont créé une fondation, Archewell, et signé de lucratifs partenariats avec Netflix et Spotify pour acquérir leur indépendance financière.