(Paris) La campagne pour les élections municipales en France est lancée, scrutin le plus couru après la présidentielle. Bien malin qui peut prévoir l’issue du vote prévu mi-mars, dans un contexte social perturbé et un paysage politique en recomposition. Alors que la jeune formation d’Emmanuel Macron espère s’enraciner localement, les « vieux partis » tenteront de limiter les dégâts, notamment dans la capitale, où rien n’est gagné pour la socialiste Anne Hidalgo, qui brigue un second mandat. État des lieux.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Un scrutin couru…

Oubliez les élections législatives, régionales et européennes, généralement snobées par l’électorat français. Avec un taux de participation avoisinant 60 %, les municipales sont les élections les plus courues en France, après la présidentielle (80 % de participation).

Cette année, on votera dans près de 35 000 communes dans l’Hexagone. Le scrutin se tiendra, sur deux tours, les 15 et 22 mars prochains. Il s’agira d’élire des conseillers municipaux, qui choisiront ensuite le maire ou la mairesse, dans ce que certains appellent « le troisième tour ».

… mais difficile à comprendre

Le paysage politique français a bien changé depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Les vieux partis se sont effondrés. Le clivage gauche-droite s’est réduit. Des députés du Parti socialiste (PS) et des Républicains (LR) sont allés grossir les rangs de La République en marche (LREM), fondée par le jeune président. Les lignes sont désormais plus floues. Plus ambiguës.

PHOTO LUDOVIC MARIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Emmanuel Macron, président de la France

Dans ce paysage politique recomposé, les élections municipales s’annoncent particulièrement illisibles, tant les nouvelles alliances s’annoncent improbables, avec des « listes » hétérogènes réunissant des candidats de différents horizons.

Des représentants LREM pourraient ainsi se présenter sous la bannière LR, ou PS. Ou l’inverse. Les Verts pourraient rejoindre des dissidents LREM ou encore le PS, qui pourrait lui-même s’allier aux communistes… sans parler de tous les candidats sans étiquette !

« Les gens sont complètement perdus, observe Bruno Jeanbart, de la maison de sondages OpinionWay. On fait plein d’enquêtes dans les villes. On se rend compte que les gens ne comprennent plus rien. Il y a des listes dans tous les sens. C’est très perturbé et compliqué. Le résultat de cette élection sera difficile à lire. »

Un test pour LREM…

Pour le parti d’Emmanuel Macron, ces élections devront être celles de l’enracinement.

Sortie de nulle part il y a trois ans, la jeune formation existe pour l’instant sur le plan national, mais n’est toujours pas ancrée au niveau local.

« Qu’est-ce que la France profonde va dire après trois ans d’Emmanuel Macron ? Pour LREM, c’est un enjeu, explique Bruno Cautrès, chercheur au Centre national de la recherche scientifique et au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Les municipales pourraient lui permettre de changer son image de parti urbain et hors sol. »

Avec une bonne performance aux municipales, LREM serait aussi mieux positionnée pour la présidentielle de 2022 et pèserait davantage aux prochaines élections du Sénat – lequel bloque toujours le projet de réforme institutionnelle d’Emmanuel Macron (moins de sénateurs, moins de députés).

Mais rien ne dit que ses résultats seront convaincants.

Ses candidats, pour la plupart inconnus, pourraient mordre la poussière au profit de sortants bien établis.

Les électeurs pourraient aussi vouloir sanctionner le parti d’Emmanuel Macron, dans la foulée du mouvement des gilets jaunes et des grèves contre la réforme des retraites.

« La France vit depuis plus d’un an une crise sociale et politique assez grave, poursuit Bruno Cautrès. On a le sentiment d’un divorce très important entre une partie du pays et Macron. Il y a bien sûr des électeurs qui sont séduits par le fait qu’il applique son programme. Mais globalement, le climat n’est pas très bon ni très porteur pour l’exécutif. »

Où ira le vote de protestation ? Mystère.

… et pour les autres partis !

Pour les partis traditionnels de droite et de gauche, c’est un peu les élections de la dernière chance.

Le PS et LR sont affaiblis par leurs débâcles électorales répétées et leur difficulté à trouver des leaders d’envergure. Mais leur enracinement local pourrait les aider à se maintenir en vie.

Il faudra voir, par ailleurs, quel score fera le Rassemblement national. La formation de Marine Le Pen conservera-t-elle les neuf villes arrachées en 2016 ? Gagnera-t-elle un deuxième secteur (arrondissement) à Marseille ? Arrachera-t-elle la ville de Perpignan ?

Galvanisés par les sondages, l’effet « Greta » et leur performance aux dernières élections européennes, les Verts (EELV) espèrent, enfin, profiter de leur élan.

Le parti de Yannick Jadot occupe actuellement deux villes, dont Grenoble. Il rêve de faire mieux, alors que ces élections s’annoncent plus que jamais comme celles de l’environnement.

PHOTO CHRISTIAN HARTMANN, ARCHIVES REUTERS

Yannick Jadot, député des Verts

Paris, la bataille capitale

La maire socialiste Anne Hidalgo briguera un second mandat. Si elle est actuellement en tête dans les sondages, sa réélection est toutefois loin d’être acquise.

Son bilan reste contesté par de nombreux Parisiens. Sa politique anti-voitures et les nombreux travaux entrepris, depuis six ans, pour verdir et piétonniser la ville ont suscité beaucoup de grogne et d’impatience. Écolo, oui, tant que ça ne dérange pas trop !

La candidate socialiste – qui ne s’affiche d’ailleurs plus comme telle – pourrait toutefois profiter de la pagaille qui règne chez ses adversaires, notamment à LREM, qui présente deux candidats rivaux : l’un « officiel » (Benjamin Griveaux), l’autre « dissident » (Cédric Villani).

Cette division pourrait coûter cher au parti d’Emmanuel Macron, qui compte beaucoup sur le prestige de la capitale pour consolider son pouvoir.

« Le résultat de La République en marche va beaucoup dépendre du résultat à Paris, parce que le poids de Paris est démesuré, conclut Bruno Jeanbart. Si les résultats de LREM sont médiocres dans le reste de la France, une victoire à Paris sera un masquant. Ça donnera le sentiment que finalement, ce n’est pas si mal. À l’inverse, si Paris n’est pas remporté, ça va être surinterprété comme un échec. Médiatiquement, le discours ne sera pas du tout le même… »