(Londres) Le Royaume-Uni a drastiquement renforcé vendredi sa riposte face à la pandémie de nouveau coronavirus, en ordonnant la fermeture des pubs, restaurants, cinémas et salles de sports et en prenant des mesures sociales « sans précédent » pour compenser les effets économiques.

Jean-Baptiste OUBRIER
Agence France-Presse

Un temps accusé d’inaction, le gouvernement a adopté au fil de la semaine des dispositions de plus en plus strictes, alors que la progression de la COVID-19 s’accélérait sur le territoire britannique, où il a fait désormais 177 morts.

« Nous disons aux cafés, bars et restaurants de fermer ce soir dès qu’ils le peuvent raisonnablement et de ne pas ouvrir demain », a déclaré le premier ministre Boris Johnson lors d’une conférence de presse, ajoutant donner la même consigne aux « boîtes de nuit, théâtres, cinémas, salles de gym et centres de loisirs ».

Le gouvernement a en outre annoncé la création d’un fonds pour couvrir 80 % des salaires afin de pousser les entreprises touchées par le coronavirus à garder leurs salariés plutôt que de licencier. Cette aide sera ouverte à tous les employeurs et s’appliquera jusqu’à des revenus de 2500 livres (4180 dollars canadiens) par mois.

Le gouvernement va aussi apporter 1 milliard de livres (plus de 1,6 milliard de dollars canadiens) d’aide au paiement des loyers et différer les versements de TVA pour les entreprises.

En annonçant cette intervention dans l’économie britannique, le ministre des Finances Rishi Sunak a évoqué des « mesures sans précédent pour une période sans précédent ».  

Il avait déjà annoncé cette semaine une garantie de l’État sur les prêts aux entreprises atteignant 330 milliards de livres et des aides de 20 milliards de livres.

Ces nouvelles mesures marquent un changement de braquet pour le gouvernement, critiqué la semaine dernière pour sa réponse modérée à la pandémie.

PHOTO HANNAH MCKAY, REUTERS

Examens annulés

Le gouvernement de Boris Johnson recommandait déjà d’éviter les rassemblements et de faire du télétravail. Mais à partir de vendredi soir, le pays va devoir changer sa façon de vivre, dans la foulée de ses voisins comme la France.  

Après les cours de vendredi, la grande majorité des établissements scolaires, écoles et collèges, garderont portes closes et « jusqu’à nouvel ordre ». Les examens de fin d’année ont été annulés.

Une partie des 10 millions d’élèves que compte le pays seront néanmoins accueillis : ceux des personnels indispensables pour faire face à la crise, avec en première ligne les enfants des médecins et infirmières.

Selon le ministre de la Santé Matt Hancock, moins d’un enfant sur cinq se trouve dans cette situation.

Si la presse évoque la perspective d’un confinement strict de Londres, épicentre de l’épidémie dans le pays, les autorités ont expliqué pour l’instant qu’une telle mesure n’était pas à l’ordre du jour, sans l’écarter totalement pour la suite.

Le Royaume-Uni déplore officiellement 3983 cas. Mais le pays ne teste que les patients les plus graves et les autorités ont reconnu que le nombre réel était probablement de plusieurs dizaines de milliers de personnes infectées.

Un grand hôpital londonien, Northwick Park Hospital, a déclaré un « incident critique » en raison d’une forte augmentation du nombre de patients atteints du nouveau coronavirus, a révélé le Health Service Journal. Dans un message à son personnel, la direction de l’hôpital a expliqué ne pas avoir assez de lits pour les patients.

Vendredi matin, les services de santé ont appelé à la rescousse 65 000 médecins et personnels de santé récemment retraités, leur demandant de remettre la blouse « dès que possible », a précisé le ministre de la Santé sur la chaîne de télévision Sky News.

Boris Johnson a affirmé que le Royaume-Uni pourrait « inverser la tendance en 12 semaines », à condition notamment que les consignes soient respectées.