(Lille) Près de 2500 migrants tentant de traverser la Manche pour rejoindre la Grande-Bretagne ont été secourus en mer en France en 2019, soit quatre fois plus que l’an dernier, selon un bilan des autorités, qui précisent que quatre migrants ont perdu la vie lors de ces traversées périlleuses.

Elia VAISSIERE, avec Julia PAVESI
Agence France-Presse

Au total, 261 « cas de traversées » ou « tentatives de traversées » par la mer ont été recensées cette année par les autorités françaises et britanniques, effectuées essentiellement par de petites embarcations pneumatiques souvent surchargées, a indiqué mardi la préfecture de la Manche et de la mer du Nord.

Côté britannique, le minstère de l’Intérieur a indiqué que plus de 125 migrants entrés illégalement au Royaume-Uni à l’aide de petites embarcations avaient été renvoyés vers le continent depuis janvier.

« Les individus qui entrent au Royaume-Uni illégalement ne doivent pas douter de notre détermination à les renvoyer en Europe, car c’est un principe établi que les personnes en recherche de protection doivent demander l’asile dans le premier pays sûr qu’ils atteignent », a déclaré un porte-parole du Home Office dans un communiqué.

Ces tentatives de traversées se font majoritairement depuis cette zone du nord de la France, car il s’agit de l’endroit le plus étroit entre la Grande-Bretagne et l’Europe continentale.

Ces « tentatives » ont concerné 2358 personnes — secourues puis ramenées sur les côtes françaises ou britanniques — contre 586 en 2018.

Un précédent décompte mi-décembre faisait état de 2521 migrants ayant tenté cette traversée, mais incluait des personnes interceptées à terre, par exemple sur des plages du Pas-de-Calais (nord de la France).

PHOTO BERNARD BARRON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis fin 2018, ces traversées ne cessent de se multiplier dans la Manche, malgré les mises en garde répétées des autorités soulignant le danger lié à la densité du trafic, aux forts courants et à la faible température de l’eau.

Mardi matin encore, une embarcation légère a été signalée « en difficulté » vers 7 h, puis localisée par un patrouilleur de la douane française à environ 11 km au nord de Dunkerque. Les six hommes à bord, dont « certains en hypothermie », ont été conduits au port de Calais (Pas-de-Calais) et pris en charge par la police aux frontières.

Les autorités françaises avaient déjà porté assistance à une cinquantaine de migrants depuis dimanche matin, lors de plusieurs opérations de secours. Le 26 décembre, 71 migrants avaient cette fois été interceptés au petit matin, dans un épais brouillard, répartis sur cinq embarcations parties des côtes françaises.

Depuis fin 2018, ces traversées ne cessent de se multiplier dans la Manche, malgré les mises en garde répétées des autorités soulignant le danger lié à la densité du trafic, aux forts courants et à la faible température de l’eau. Au moins quatre migrants sont déjà décédés.

Selon la préfecture du département du Pas-de-Calais, d’où partent « 95 % » des embarcations, le « plan d’action » visant à « mettre fin » à ces traversées annoncé en janvier par la ministère de l’Intérieur « produit des résultats ».

« Depuis un an, 55 % des traversées ont été mises en échec », selon le préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry.

« Départs simultanés »

Au moins quatre migrants sont déjà décédés. La première à périr dans ces eaux a vraisemblablement été Mitra M., Iranienne de 31 ans, titulaire d’un master de psychologie, qui avait embarqué le 9 août sur un bateau pneumatique aux côtés de 19 migrants irakiens et iraniens, dont sept mineurs.

Le 23 août, un Irakien a lui été retrouvé mort au large de Zeebruges (Belgique) après avoir tenté une traversée à la nage tandis que deux autres hommes, également irakiens, ont été retrouvés décédés sur une plage au Touquet (France) mi-octobre.

« Ces traversées continuent parce que certains réussissent à passer et, surtout, parce qu’elles sont très rentables pour les passeurs ! », déplore François Guennoc, vice-président de l’association l’Auberge des migrants, qui constate « un phénomène nouveau : de plus en plus de départs simultanés », soit plusieurs bateaux la même nuit, « visant à disperser les efforts des autorités qui surveillent la côte ».

Alors que « chaque migrant paye peut-être 2000 euros […] avec trois ou quatre passagers, les passeurs remboursent l’achat du canot pneumatique. Et ils n’hésitent pas à les entasser à douze, quinze ou vingt dessus », a-t-il regretté.

PHOTO DENIS CHARLET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Plus d’un millier de migrants vivent toujours « dans des tentes, dehors ou dans des hangars » dans la zone, essentiellement dans les villes de Calais et Grande-Synthe (Nord)

Malgré les évacuations régulières des camps de fortune de migrants dans la région, dont deux importantes qui avaient concerné plusieurs centaines de personnes ces dernières semaines, plus d’un millier de migrants vivent toujours « dans des tentes, dehors ou dans des hangars » dans la zone, essentiellement dans les villes de Calais et Grande-Synthe (Nord), selon les associations.

« Certains n’ont ni matelas de sol, ni sacs de couchage. On n’a pas assez de tentes et pas assez de couvertures à donner, ils vivent dehors sans douches et sans toilettes », déplore Claire Millot, bénévole pour l’association Salam à Grande-Synthe.  

« C’est incompréhensible qu’on laisse des gens comme ça, c’est une volonté politique, mais qui est tellement inhumaine en Europe au XXIe siècle », commente-t-elle.