(Berlin) La chancelière allemande a jugé vendredi avec une rare véhémence que Donald Trump avait porté atteinte à « la grandeur des États-Unis » avec ses propos attaquant des élues démocrates issues de l’immigration.

Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse

« Je veux fermement me distancier [de ces attaques] et je suis solidaire des femmes attaquées », a insisté lors de sa traditionnelle conférence de presse estivale Angela Merkel, qui entretient déjà des relations difficiles avec le président américain.

La chancelière a relevé que ce qui faisait la force des États-Unis c’est justement « que des gens de différentes nationalités constituent le peuple américain ».  

Dès lors, les attaques de Trump contre quatre élues démocrates sont « quelque chose qui va à l’encontre de la grandeur de l’Amérique », un clin d’œil au slogan du président américain « Make America great again » (« Rendre sa grandeur à l’Amérique »).

La force des déclarations de la chancelière allemande tranche aussi avec sa retenue habituelle quant aux questions de politique intérieure dans d’autres pays. Mais le sujet du racisme est extrêmement sensible en Allemagne, qui se pose en modèle de tolérance du fait de son passé nazi, et interrogée sur le sujet, Mme Merkel se devait de prendre position d’autant que d’autres dirigeants européens l’ont fait cette semaine.

Leader du monde libre

Par ailleurs, Donald Trump, avant même sa prise de fonctions à la Maison-Blanche et à maintes reprises depuis, s’en est pris sans retenue à l’Allemagne et à Mme Merkel, notamment sur sa police migratoire généreuse, son excédent commercial ou encore ses dépenses militaires jugées insuffisantes.

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Donald Trump et Angela Merkel au sommet du G-20 à Osaka, le 28 juin

La dirigeante allemande avait elle averti M. Trump juste après son élection qu’il se devait de défendre les valeurs démocratiques occidentales. Cette sortie lui avait valu d’être surnommée « leader du monde libre » dans une partie de la presse américaine.  

Les critiques vendredi de Mme Merkel s’ajoutent à celles de nombreux responsables américains mais aussi de dirigeants étrangers, outrés de la manière dont Trump a appelé des élues au Congrès, issues de l’immigration, à retourner dans leur pays d’origine, au motif qu’elles « haïssent » les États-Unis et « se plaignent constamment », selon lui.  

La première ministre britannique Theresa May avait dénoncé dès lundi des propos « totalement inacceptables », des critiques partagées par les deux conservateurs qui espèrent lui succéder, le chef de la diplomatie Jeremy Hunt et le favori, Boris Johnson, pourtant très apprécié du président américain.

La chef du gouvernement néo-zélandais, Jacinda Ardern a aussi étrillé les propos du président américain : « nous pensons que notre Parlement doit être un endroit représentatif […] il doit ressembler à la Nouvelle-Zélande, être constitué de toute une palette de cultures et d’ethnies différentes ».

« Fasciste »

La chambre basse du Congrès américain, dominée par les démocrates, a adopté mardi une motion condamnant des propos « racistes » du président Donald Trump.

Dans une série de tweets puis dans des déclarations orales, Donald Trump avait jugé que des élus du parti démocrate comme Alexandria Ocasio-Cortez de New York et Ilhan Omar du Minnesota, une des deux premières membres musulmanes du parlement américain, n’aimaient pas les États-Unis et feraient mieux de rentrer chez elles.  

CAPTURE D'ÉCRAN

Cette dernière, visée par le slogan « Renvoyez-la ! » lors d’un rassemblement du président, a répliqué jeudi en qualifiant le locataire de la Maison-Blanche de « fasciste ».

Face au tollé, le milliardaire septuagénaire a tenté, sans convaincre, de prendre ses distances avec le slogan de ses partisans : « Cela ne m’a pas plu ».

Mais il n’est pas revenu sur ses propos à lui, durcissant même sensiblement le ton à l’égard des démocrates en général.  

« Voter pour un démocrate en 2020, quel qu’il soit, c’est voter pour la montée en puissance du socialisme radical, la destruction du rêve américain et, pour le dire clairement, la destruction de notre pays », a-t-il conclu mercredi soir.

« C’est ignoble. C’est lâche. C’est xénophobe. C’est raciste. Cela souille la fonction présidentielle », a réagi la sénatrice démocrate Kamala Harris, candidate à la succession de Donald Trump.

Du côté des républicains quelques voix se sont élevées, mais les ténors du parti ont fait bloc, minimisant la portée des propos du président.   

Merkel minimise les craintes sur sa santé

La chancelière allemande Angela Merkel a minimisé vendredi les inquiétudes sur sa santé, affirmant qu’elle avait un intérêt personnel à rester en bonne santé et à avoir une belle vie après la politique.

Mme Merkel a déclaré comprendre les questions concernant sa santé après trois récents incidents au cours desquels son corps a tremblé lors d’événements publics. Mais elle a déclaré être consciente de sa responsabilité en tant que chancelière et a assuré qu’elle « peut exercer cette fonction ». Elle a dit qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

Mme Merkel, qui a eu 65 ans cette semaine, a rappelé qu’elle avait écarté l’idée de briguer un cinquième mandat en tant que chancelière.

« J’ai dit que 2021 marquerait la fin de mon œuvre politique et j’espère que j’aurai une vie après cela — et je voudrais la passer en bonne santé », a-t-elle déclaré.

Mme Merkel jouit toujours d’une solide cote de popularité, mais les résultats de son parti dans les sondages ont été médiocres récemment et on ne sait toujours pas qui sera le candidat de son parti pour lui succéder.

- Associated Press