Si Gina Miller est l'une des égéries des opposants au Brexit avec son mouvement « End the Chaos ! », même ses ennemis s'accordent avec elle sur un point : la coupable incapacité des politiciens britanniques à trouver une issue à la crise.

Mis à jour le 17 janv. 2019
KATY LEE AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette femme d'affaires originaire du Guyana, connue pour avoir défié le gouvernement de Theresa May en justice, ne voit guère de raison d'espérer en cette semaine dramatique, l'une des plus difficiles depuis le référendum de 2016 en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Depuis le rejet massif mardi par le Parlement britannique de l'accord négocié par Mme May avec Bruxelles, Gina Miller redoute une rupture brutale d'avec l'Europe.  

« C'est un tournant historique », estime Mme Miller, qui se trouvait jeudi à Paris pour s'exprimer devant le Sénat français. « Mais je ne pense pas qu'on ait beaucoup avancé. Si ce n'est que Mme May a réussi à unir contre elle à la fois les "Brexiters" et les partisans du maintien [dans l'UE], aucune option ne se dégage vraiment au Parlement ».

Gina Miller, ex-mannequin - elle est apparue au générique d'un James Bond - et fondatrice d'une société d'investissement, l'avait emporté fin 2016 devant la justice en imposant à la première ministre Theresa May de consulter le Parlement avant d'enclencher le Brexit.  

Devenue depuis la bête noire des partisans les plus durs du Brexit, elle considère toujours que les parlementaires doivent jouer un rôle-clé pour décider de l'avenir du pays.

« Les parlementaires sont payés pour résoudre les problèmes de leurs administrés et avec nos partenaires internationaux, décider de notre avenir et de nos politiques. C'est ce qu'ils devraient s'employer à faire », affirme-t-elle à l'AFP.

Pour sa part, elle défend l'idée d'un second référendum en dernier ressort.

« S'il n'y a vraiment aucune autre option et que nous risquons un "no deal" [sortie sans accord], si le Parlement ne parvient pas à trancher, alors il faudra revenir devant le peuple ».

Le Brexit, un fantasme « irréaliste »

À l'instar de Gina Miller, d'autres personnalités considèrent qu'un second référendum permettrait de sortir de l'impasse alors que la date-butoir du 29 mars se rapproche sans qu'aucune solution ne se dessine.

« Le Brexit tel qu'on l'a vendu est un fantasme irréaliste », assène-t-elle.

Autrefois électrice des Travaillistes, elle se désespère de l'absence de vision, non seulement de Theresa May, conservatrice, mais de son principal rival à gauche, le patron du Labour Jeremy Corbyn. Elle estime d'ailleurs que tous deux ont beaucoup en commun.

« Ils excellent dans le double langage et à répéter inlassablement les mêmes phrases dénuées de sens », juge-t-elle.

Son engagement dans la bataille contre le Brexit n'est que le dernier rebondissement d'une vie haute en couleurs.

Née au sein d'une famille privilégiée dans ce qui était à l'époque la Guyane britannique, Gina Miller a changé de mode de vie, adolescente, contrainte de travailler comme femme de chambre quand sa famille s'est trouvée en difficulté financière.  

Mère célibataire, deux fois divorcée, elle était de taille à affronter le torrent d'insultes lâché par les partisans du Brexit. Même ses enfants ont reçu des menaces et un aristocrate fut même brièvement embastillé pour avoir lancé un contrat sur sa tête !

« Tout a changé dans ma vie », confie-t-elle à propos de ce dernier combat. Mais « je vais continuer de me battre, ça fait près de 20 ans que je le fais, j'ai l'habitude de prendre des coups ».

La balle est maintenant dans le camp du Parlement, relève-t-elle. Mais Gina Miller ne compte pas sur un report de la date du Brexit. « Il faudrait s'accorder sur ce qu'on espère d'un tel report et sur ce qu'on en ferait, or nous en sommes loin » !

Une chose est sûre, en revanche, selon elle : la Grande-Bretagne mettra du temps à se remettre de ce long psychodrame qui a profondément divisé la société.