Le tribunal militaire de Moscou a condamné par contumace lundi à 25 ans de prison un ancien responsable des services du renseignement russes, qui a livré dix espions arrêtés il y a un an aux États-Unis, et collaborait depuis 1999 avec la CIA.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Alexandre Poteev, reconnu coupable de haute trahison et de désertion, à été condamné à la peine qui avait été requise contre lui dans ce procès à huis clos. Il s'est également vu retirer son grade de colonel du SVR (service du renseignement extérieur), a précisé à l'AFP la porte-parole du tribunal, Irina Jirnova.

M. Poteev était le chef adjoint du département Amérique de la direction «S» (réseaux dormants) du SVR et jouissait d'un accès direct à toutes les informations sur les agents en place.

«Les actes d'Alexandre Poteev ont causé des dommages importants à la sécurité de la Russie», a déclaré le juge.

L'énoncé du jugement a révélé que le responsable du renseignement collaborait avec les services secrets américains (CIA) depuis 1999, quand il a eu accès aux listes d'agents dormants russes infiltrés sur le territoire des États-Unis, du Canada et des pays d'Amérique latine.

«Le tribunal n'a en revanche pas réussi à établir si Poteev avait touché de l'argent pour ce qu'il avait fait», a dit Mme Jirkova à l'AFP.

Selon les agences russes, le SVR avait conscience d'avoir un traître en son sein en raison d'une série d'échecs de ses agents.

En l'occurrence, le colonel Poteev a révélé en juin 2010 à la CIA les mécanismes de financement des agents russes et leurs moyens de communication au cours de ses voyages à l'étranger et de rencontres à Moscou.

Il a fui la Russie en prenant un train Moscou-Minsk. Ensuite, «muni d'un faux passeport avec l'aide des services spéciaux américains, il est allé en Allemagne, puis aux États-Unis où il se cache jusqu'à présent», selon les agences.

Avant de s'enfuir, il a envoyé un texto à son épouse pour la prévenir qu'il ne reviendrait jamais.

«Mary, essaie de le prendre avec calme, je ne pars pas temporairement, mais pour toujours. Je ne voulais pas, mais j'y suis contraint. Je vais repartir à zéro et j'essayerai d'aider les enfants», aurait-il écrit dans ce SMS, selon le texte lu par le juge et cité par l'agence Interfax.

Des sources au sein des services secrets russes avaient révélé en novembre 2010 la trahison de ce haut responsable du SVR, qui avait infligé un camouflet retentissant à Moscou avec l'arrestation aux États-Unis de dix agents «dormants».

Ces agents avaient ensuite été rapatriés à Moscou dans le cadre d'un échange digne de la guerre froide.

L'une d'entre eux, Anna Chapman, devenue par la suite une célébrité en Russie, a elle aussi été interrogée dans le cadre de ce procès et a reconnu sur une photo le colonel Poteev comme une personne qui était au courant de ses activités aux États-Unis, a indiqué le juge.

Alexandre Poteev a fait défection peu avant la visite du président russe Dmitri Medvedev aux États-Unis en juin 2010, selon les médias russes.

En décembre, le premier ministre Vladimir Poutine, ex-agent du renseignement extérieur soviétique, qui faisait alors partie du KGB, avait qualifié de «porc» le transfuge, assurant qu'il regretterait «mille fois» sa trahison.