La justice française a annoncé mardi avoir officiellement demandé au gouvernement son feu vert pour une audition du ministre du Travail, Éric Woerth, dans le cadre de l'affaire Bettencourt et le Conseil des ministres devrait accéder à cette demande mercredi.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce nouvel épisode traduit une avancée de la justice dans la partie politique de l'affaire Bettencourt qui ne s'occupait jusqu'ici que de la querelle familiale centrée sur la fortune de la milliardaire octogénaire Liliane Bettencourt, héritière du géant mondial des cosmétiques L'Oréal.

«Nous avons officiellement demandé l'audition d'Éric Woerth», a indiqué mardi une porte-parole du parquet de Nanterre, à l'ouest de Paris, en précisant que cette demande avait été adressée au Conseil des ministres.

Peu de temps après, le palais présidentiel de l'Élysée a fait savoir que cette demande d'audition du ministre serait examinée dès mercredi par le Conseil des ministres, rassemblant l'ensemble du gouvernement sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui devrait l'autoriser.

«Il a été décidé d'inscrire à l'ordre du jour du Conseil des ministres de demain (mercredi 21 juillet) la demande du parquet. Il sera proposé au Conseil des ministres de faire droit à cette demande», a-t-on dit à l'Élysée.

«Je suis très impatient de pouvoir m'expliquer devant la justice», a déclaré M. Woerth, qui se dit victime d'une campagne médiatique et politique.

Le ministre du Travail, qui est chargé de la réforme du système des retraites, un dossier phare pour le président Sarkozy, devra répondre à des faits qui se sont produits quand il occupait à la fois le poste de ministre du Budget (printemps 2007-printemps 2010) et celui de trésorier du parti présidentiel UMP.

L'audition d'un ministre par la justice ne peut se faire, en France, qu'avec l'accord préalable du Conseil des ministres.

Cette audition aura lieu dans le cadre de l'enquête préliminaire sur le contenu des écoutes clandestines réalisées entre mai 2009 et mai 2010 chez Mme Bettencourt par son ancien majordome.

L'affaire Bettencourt est à l'origine une plainte de la fille unique de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers, contre l'artiste François-Marie Banier, bénéficiaire des largesses financières de sa mère (près d'un milliard d'euros) et qu'elle accuse d'abuser de son grand âge (87 ans).

Mais la communication à la presse du contenu des écoutes téléphoniques, visant à démontrer la faiblesse psychologique de la milliardaire, a élargi l'affaire au niveau politique car les enregistrements suggèrent aussi de possibles opérations financières destinées à échapper au fisc et un potentiel conflit d'intérêts pour M. Woerth dont l'épouse participait à la gestion du patrimoine de Mme Bettencourt.

Enfin, nouvel élément judiciaire dans cette affaire, une autre enquête préliminaire a été ouverte, cette fois par le parquet de Paris, à la suite d'une plainte d'un actionnaire de L'Oréal, notamment pour abus de biens sociaux, soupçonnant M. Banier d'avoir bénéficié d'un contrat de complaisance auprès de la société.

Le photographe et peintre a bénéficié, à compter du 1er janvier 2002, d'un contrat de 405 000 euros par an pendant 10 ans pour des «conseils de mode et de sensibilité artistique», selon l'avocat de l'actionnaire.