La journaliste russe Anna Politkovskaïa recevait des menaces depuis cinq ans et avait remarqué la présence de «gens étranges» dans le hall de son immeuble les jours précédant son assassinat, ont témoigné ses enfants jeudi au procès des complices présumés du meurtre de leur mère.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Elle recevait très souvent des menaces à cette époque, et ça depuis cinq ans. Souvent à la suite de ses publications, on ouvrait des enquêtes criminelles», a raconté son fils Ilia, 30 ans, cadre dans une société privée.

«Maman essayait de protéger sa famille de ces informations, mais elle en parlait aux gens du journal (bihebdomadaire Novaïa Gazeta, ndlr) en qui elle avait confiance», a-t-il ajouté.

Anna Politkovskaïa avait toutefois fait part de ses inquiétudes à sa fille Vera, qui habitait chez elle rue Lesnaïa, dans le centre de Moscou, et lui avait recommandé la plus grande prudence.

«Elle m'avait prévenue juste quand j'ai déménagé à Lesnaïa (soit une semaine avant le meurtre, ndlr) et m'avait dit qu'elle voyait dans l'entrée des gens étranges, qu'elle n'avait pas vus avant», a témoigné Vera, journaliste.

«Elle rencontrait tout le temps dans l'escalier des gens qu'elle n'avait pas vus avant, et ils ne sentaient pas l'alcool. Elle disait "je ne peux pas comprendre qui sont ces gens, ce ne sont pas des alcooliques, mais sois prudente"», a-t-elle ajouté.

Anna Politkovskaïa, une des rares journalistes russes à avoir dénoncé les atteintes aux droits de l'Homme en Russie, notamment en Tchétchénie, a été tuée par balles le 7 octobre 2006 dans l'ascenseur de son immeuble à Moscou.

Quatre seconds couteaux, qui avaient fourni son adresse ou assuré sa filature, comparaissent dans le box des accusés. Le commanditaire n'a jamais été identifié et le meurtrier présumé est en fuite.