Les proches des enfants abattus dans une école primaire de Newtown, au Connecticut, restent emmurés chez eux, choisissant de vivre leur deuil en privé, loin de l'objectif des centaines de caméras qui immortalisent tout ce qui se passe dans la paisible communauté.

David Santerre, envoyé spécial LA PRESSE

La très grande majorité des enfants qui sont tombés sous les balles habitaient dans un même quartier au sud-ouest de l'autoroute 84 et du village de Sandy Hook. Ce quartier était desservi par l'école primaire où le drame s'est joué le 14 décembre.

Il s'agit d'un secteur densément boisé, où les demeures, très cossues dans la majeure partie des cas, sont éloignées les unes des autres.

La vie enfantine des défunts est encore palpable près de la plupart de leurs maisons. D'imposants modules de jeu qui les ont vus jouer trônent près de chacune d'elles. Des jouets y traînent encore négligemment sur le gazon, comme si les enfants les y avaient laissés quelques minutes plus tôt.

«C'est trop tôt pour ça»

La Presse s'est entretenue avec des proches de la quasi-totalité des petits disparus. Ils ont tous préféré ne pas donner d'entrevues à la caméra. Mais, au cours des quelques échanges, pour la plupart courtois, ils ont remercié le public pour le support qui leur est adressé. Certains se sont plaints du travail de certaines équipes de reporters trop insistants, qui ne font pas dans la dentelle.

«C'est trop tôt pour ça. La douleur est vive, nous ne sommes pas prêts», a indiqué la mère du petit Daniel Barden, sept ans.

Samedi, le père d'Emilie Parker, Robert, y est allé d'un bref point de presse improvisé.

«Le monde est aujourd'hui un meilleur endroit parce qu'elle y a vécu», a-t-il lancé.

Il a décrit sa fillette enjouée, et les moments douloureux au cours desquels il a appris, vendredi en se rendant à la caserne des pompiers située près de l'école, que sa fille n'était pas parmi les rescapés, mais plutôt parmi ces petits anges qui n'illumineront plus ce joli village.

Il a même offert ses sympathies à la famille du tueur, et de sa défunte mère.

«Je ne peux imaginer à quel point cette expérience doit être dure pour eux, et je veux que vous sachiez que notre amour et notre support vous sont adressés aussi», a-t-il indiqué.

Des pages Facebook de sympathies

Même si les familles préfèrent garder le silence, des pages Facebook de sympathies ont été créées à l'attention de la plupart des victimes, avec leur photo.

Comme celle de Olivia Engel.

Cette page a été créée avec l'approbation de ses parents, notamment par un cousin de son père, John Engel, qui agit comme porte-parole de la famille.

Sur cette page, on apprend que la famille prévoit déjà tenir les funérailles de la fillette vendredi, après une journée de veillée funèbre jeudi.

On demande surtout via cette page des dons, pour organiser le tout, et pour soulager les parents en cette période traumatisante.

«Olivia Rose Engel était une petite fille de six ans précoce et attachante. Elle adorait son école, excellait en mathématiques et en lecture. Elle était créative et aimait les cours d'art, pratiquait plusieurs sports et activités comme le tennis, la natation, le ballet, le soccer (...). Rien n'était un obstacle pour cette fillette qui adorait les couleurs rose et violet, et l'agneau farci. Elle adorait faire des balades en bateau sur le lac ou sur la baleinière de son grand-père. Elle était patiente et une merveilleuse grande soeur pour son petit frère de trois ans, Brayden. Olivia était intelligente, pétillante, et incroyablement divertissante. Sa perte physique sera perceptible chaque jour, mais son esprit brillant nous accompagnera», lit-on sur la page dédiée à la fillette.

Recueillement

Pendant ce temps, les messes se succèdent dimanche à Newtown et sont très courues. Même s'il s'agit de services réguliers, elles sont grandement dédiées aux enfants.

Un professeur d'art au secondaire, Eric Mueller, a fabriqué avec des amis 27 anges de bois qu'il a plantés devant chez lui près du centre de Sandy Hook. Le nombre 27 inclut donc la mère du tireur de 20 ans, mais exclut celui-ci, le 28e défunt dans cette tragédie.

Les mémoriaux à la mémoire des victimes improvisés pullulent dans le village. Des gens venus parfois des États voisins y déposent fleurs, chandelles, ours en peluche, poèmes et autres mots d'encouragement.

Le village se prépare également à accueillir le président des États-Unis, Barack Obama, qui participera en soirée à une vigile avec les familles des défunts.

Identification formelle

En outre, la police a formellement confirmé dimanche après-midi l'identité de l'auteur de la fusillade, identifié comme étant Adam Lanza, lequel s'est suicidé après le massacre.

Le porte-parole de la police, Paul Vance, a également confirmé que le tireur avait auparavant tué sa mère à son domicile. Comme les autres victimes, celle-ci est décédée après avoir été criblée de plusieurs balles.