En 2001, Jorge Bergoglio a visité une maison pour sidéens de Buenos Aires. Il a lavé et embrassé les pieds de 12 malades.

Mis à jour le 13 mars 2013
Mathieu Perreault LA PRESSE

Il a refusé le confortable appartement de fonction de l'archevêque de la capitale argentine - il a plutôt pris un humble appartement. Il prépare ses propres repas et se rend au bureau en métro - avant l'ablation d'un poumon, il y allait même en bicyclette.

Il a plusieurs fois dénoncé les inégalités en Argentine et ailleurs dans le monde. Il a notamment croisé le fer avec les deux présidents Kirchner, hérauts de la gauche, mais qui, selon Mgr Bergoglio, favorisent indûment leurs alliés tout en minant l'éthique de travail des Argentins.

Dénonciations et accusations

Mais il a aussi dénoncé en termes non équivoques la légalisation du mariage gai, l'adoption par les couples homosexuels et une très circonscrite autorisation de l'avortement. Il a aussi été accusé de complicité dans l'enlèvement et la torture de deux prêtres jésuites pendant la dictature militaire de droite des années 70, alors qu'il dirigeait l'ordre religieux dans le pays. Ces accusations semblaient rendre son élection impossible.

«Pour moi, il va retourner aux principes de pureté évangélique», a indiqué Sergio Mora, vaticaniste d'origine argentine, au quotidien espagnol ABC. «Il refuse de se mettre de l'avant, il est pratiquement impossible d'avoir des entrevues, il faut se fier à ses homélies pour savoir ce qu'il pense.»

Au conclave de 2005, Bergoglio aurait obtenu un nombre élevé de voix à un ou plusieurs tours. Mais cette fois-ci, il n'était pas sur la liste des papabili.

«Je l'ai rencontré en 2001 à Rome, à l'occasion du synode des évêques», a affirmé Gilles Routhier, recteur de la faculté de théologie de l'Université Laval. «J'ai habité trois semaines dans la même maison que lui. Il en imposait non pas par son charisme, parce qu'il est austère et réservé, mais par la force de sa conscience morale. Il a peu de mots, mais est d'une grande cohérence. Il sait beaucoup écouter et on me dit qu'il a gouverné la province des jésuites à un moment difficile, avec beaucoup de fermeté, sans être autoritaire.»

Plainte pour torture

En 2005, une plainte criminelle, qui n'a toujours pas eu de suite, a été déposée contre lui en Argentine pour l'enlèvement et la torture de deux jésuites dans les années 70. Il a aussi été cité dans un cas d'enlèvement d'enfants nés dans les geôles de la dictature et dont l'adoption a été facilitée, selon les victimes, par les jésuites. Plusieurs livres ont été écrits sur ses liens possibles avec la dictature militaire en Argentine.

«À mon avis, on l'attaque parce qu'il est dangereux, estime Gilles Routhier, qui a des amis argentins. La dictature militaire a cherché à le discréditer en semant des preuves contre lui. Il est l'un des principaux opposants aux Kirchner, qui se disent de gauche, mais aggravent les inégalités en Argentine. Beaucoup de gens lui en veulent.»

Ses propos contre les inégalités, selon le père Routhier, pourraient lui valoir des admirateurs parmi les jeunes, malgré ses positions sévères par rapport à la morale sexuelle. «Il s'indigne depuis les 12 dernières années et pourrait séduire les indignés. Il en a précisément contre le système économique qui appauvrit les gens, contre l'autoritarisme du gouvernement.»

Même si ses ancêtres étaient italiens, le nouveau pape tient à parler espagnol à Rome. Il est jésuite, membre d'un ordre qui s'est parfois opposé aux papes, mais est également proche de Communion et libération, mouvement laïque très proche du magistère catholique. Le premier protecteur du cardinal Marc Ouellet à Rome, l'archevêque de Milan Angelo Scola, est lui aussi près de Communion et libération.

Fait à noter, le nouveau pape est le seul cardinal sud-américain à s'être intéressé aux relations avec les juifs. En 1994, après un attentat dans une synagogue de Buenos Aires qui a fait 86 morts, Mgr Bergoglio a souvent visité les victimes dans les hôpitaux. Il avait par la suite jeté des ponts avec la communauté juive.

Après avoir étudié la chimie, puis enseigné la littérature, la psychologie et la philosophie dans les années 60, il est passé à la théologie dans les années 70. Il a ensuite fait un doctorat en théologie en Allemagne, dans les années 80. Il a grimpé les échelons de la hiérarchie catholique argentine, devenant archevêque de Buenos Aires en 1998 et cardinal en 2001.