L'annonce de la commission d'enquête israélienne sur le raid meurtrier du 31 mai a été reçue avec scepticisme hier en Israël, et avec déception ailleurs dans le monde. La nomination des deux observateurs étrangers, dont le Canadien Ken Watkin, est perçue comme un mince compromis pour faire plaisir aux Américains.

Judith Lachapelle LA PRESSE

Israël a cédé aux pressions internationales de former cette commission d'enquête, sans toutefois annoncer une participation à un processus piloté par les Nations unies.

 

«Nous n'avons pas du tout confiance dans le fait qu'Israël, un pays qui a perpétré une telle attaque sur un convoi civil dans les eaux internationales, mènera une enquête impartiale», a déclaré le ministre des Affaires étrangères turc, Ahmet Davutoglu. Les neuf personnes tuées lors du raid étaient toutes de nationalité turque.

Le quotidien israélien Haaretz critique quant à lui «les efforts du gouvernement pour éviter une enquête approfondie et crédible» qui «s'apparentent de plus en plus à une farce».

Les États-Unis avaient souhaité une «présence internationale» qui «conforterait la crédibilité» d'une commission d'enquête israélienne. Dimanche soir, ils se sont dits satisfaits de l'annonce. La Turquie, elle, continue de réclamer une enquête que dirigeraient les Nations unies.

Observateurs étrangers

Le professeur de l'Université Concordia Henri Habib, observateur attentif du conflit israélo-palestinien, déplore que le mandat de la commission soit aussi restreint, mais se garde de critiquer l'indépendance de la commission.

«Il se peut qu'elle le soit, dit-il. En 1982, après le massacre de Palestiniens au Liban (Sabra et Chatila), le gouvernement israélien a appelé une commission qui a condamné l'opération et blâmé le commandant Ariel Sharon (NDLR: également ancien premier ministre d'Israël). Mais je pense qu'il faudrait aller plus loin. Ce n'est plus un problème entre Palestiniens et Israéliens, il y a aujourd'hui la Turquie.»

La nomination de deux observateurs étrangers, qui n'auront pas le droit de vote, est aussi critiquée. David Trimble, Prix Nobel de la paix 1998 et artisan de la paix en Irlande du Nord, a été décrit comme étant membre du nouveau groupe Friends of Israel, formé de leaders mondiaux qui défendent la légitimité d'Israël.

Ancien juge-avocat général des Forces armées canadiennes, le Canadien Ken Watkin a vu son nom évoqué lors des audiences sur des cas de torture de prisonniers afghans qui avaient été transférés par les militaires canadiens.

«Ses états de service sont plutôt irréprochables, note le député bloquiste Claude Bachand, critique en matière de défense. C'est un spécialiste du droit opérationnel et de justice militaire. Il a une grande expertise qu'il pourra mettre à profit.»

Des documents publiés par le Toronto Star en février dernier indiquent que le brigadier-général Watkin a averti l'état-major en 2007 qu'il était criminel d'ignorer les allégations de sévices commis contre les prisonniers et qu'il était de son devoir de mener une enquête.

Les autorités militaires, a-t-il écrit, ont «l'obligation de prendre toutes les mesures raisonnables et nécessaires en leur pouvoir pour prévenir ou empêcher ces sévices». Elles pouvaient aussi être tenues criminellement responsables de ne pas avoir signalé les cas de sévices aux autorités chargées d'enquêter et de poursuivre les auteurs.

Ken Watkin a également une bonne connaissance des conventions internationales en matière de droit de la mer, souligne Rémi Landry, ancien lieutenant-colonel des Forces armées.

M. Landry rappelle l'arraisonnement, en 1995, du bateau de pêche espagnol Estai en haute mer par la marine canadienne, dans ce qui était appelé la «guerre du turbot». «Je ne sais pas s'il avait eu un rôle direct, mais il a certainement été mêlé à l'opération.»