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Gaza, un champ de ruines

Aujourd'hui, les plus récentes estimations des Nations unies... (PHOTO THOMAS COEX, AFP)

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Aujourd'hui, les plus récentes estimations des Nations unies font état de près de 60 000 maisons endommagées ou détruites et de 380 000 déplacés, indique Frode Mauring, représentant spécial du Programme des Nations unies pour le développement dans les territoires palestiniens.

PHOTO THOMAS COEX, AFP

Un mois et demi de guerre a provoqué une destruction sans précédent dans la bande de Gaza. Et les défis de reconstruction s'annoncent immenses, d'autant qu'Israël restreint l'entrée du ciment, de peur qu'il ne serve à construire des tunnels. La Presse en a discuté avec Frode Mauring, représentant spécial du Programme des Nations unies pour le développement dans les territoires palestiniens, qui revient d'une mission à Gaza.

Q: Quelle est la situation dans la bande de Gaza actuellement?

R: Gaza n'a jamais été dans une situation aussi critique, et la guerre n'est même pas terminée. Le conflit a été déclenché alors que certains des dommages causés par les deux conflits précédents n'avaient pas encore été réparés. Aujourd'hui, les plus récentes estimations des Nations unies font état de près de 60 000 maisons endommagées ou détruites et de 380 000 déplacés.

La seule centrale électrique de Gaza a essuyé cinq attaques qui l'ont rendue complètement inutilisable. Selon les opérateurs, il faudra au moins un an pour la reconstruire. Gaza reçoit actuellement de l'électricité en provenance d'Israël et de l'Égypte, mais la plupart des gens n'ont du courant que six heures par jour, ce qui a d'immenses conséquences.

Le manque d'électricité touche les entreprises, les hôpitaux, la vie des Gazaouis. Plusieurs maladies comme le diabète, par exemple, nécessitent des médicaments qui doivent être réfrigérés, ce qui est impossible sans électricité.

Quant au système de traitement des eaux usées, plusieurs pompes ont été détruites ou endommagées, et celles qui restent souffrent du manque d'électricité. Les eaux usées infiltrent donc le réseau d'eau potable, ce qui cause d'énormes problèmes.

Q: Dans quel état la population se trouve-t-elle?

R: Au-delà des chiffres, cette crise a une dimension humaine profonde. Les impacts psychologiques sur les enfants, que j'ai pu voir de mes yeux, ne doivent pas être sous-estimés. L'intensité du conflit a infligé un stress sévère à une proportion importante de la population.

Q: L'Autorité palestinienne a estimé le coût de la reconstruction à 6 milliards de dollars américains. Cela vous semble-t-il réaliste?

R: Nous parlons assurément de milliards de dollars. Aux coûts de la destruction, il faut ajouter les autres pertes. On ne reconstruit pas une entreprise seulement en reconstruisant le bâtiment, par exemple. Mais nous ne pourrons pas avoir d'évaluation définitive sur le terrain tant que la guerre durera.

Q: L'un des problèmes évoqués pour la reconstruction est l'entrée du ciment à Gaza. Pourquoi?

R: Actuellement, seules deux agences de l'ONU peuvent importer du ciment à Gaza. Il y a un contrôle très serré qui fait que chaque sac de ciment est surveillé depuis son entrée à Gaza jusqu'à son utilisation finale. Ce contrôle a été mis en place pour que le ciment ne serve pas au Hamas à construire des tunnels.

Si on gère quelques projets, ce système peut fonctionner, même s'il est très coûteux et complexe. Mais lorsqu'il faut réparer ou reconstruire 60 000 maisons, réparer des écoles, des hôpitaux, des systèmes de traitement des eaux... Ce n'est tout simplement pas viable. L'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine a estimé qu'il faudrait 18 ans pour reconstruire Gaza si le système actuel était maintenu. Il faut donc le revoir complètement.

Q: Comment laisser entrer du ciment à Gaza sans que le Hamas s'en empare pour reconstruire les tunnels et sans qu'Israël s'y oppose?

R: Notre organisation et d'autres sont en discussion avec Israël à ce sujet, mais ces discussions ne pourront se conclure tant qu'un cessez-le-feu permanent ne sera pas instauré. J'espère que la raison prévaudra et qu'on trouvera une solution qui répond aux craintes légitimes d'Israël pour sa sécurité, mais il faut absolument qu'Israël accepte un système beaucoup plus libre et moins draconien. Nous ne pouvons nous permettre de laisser Gaza dans cet état, et je suis d'avis qu'il n'est pas dans l'intérêt d'Israël d'avoir une crise humaine massive à Gaza.

Q: D'où viendra l'argent nécessaire à la reconstruction de Gaza?

R: Il y a eu des discussions pour que le gouvernement de l'Égypte, en collaboration avec le gouvernement de la Norvège, tienne une conférence des donateurs internationaux en septembre, probablement au Caire. Mais la reprise des hostilités fait en sorte qu'il est impossible de savoir quand cette conférence se tiendra. J'espère qu'on pourra trouver l'argent, mais il ne faut pas s'attendre à ce que ce soit automatique ni facile. Malheureusement, plusieurs crises, actuellement, exigent une attention internationale. Seulement dans la région, il y a l'Irak et la guerre civile en Syrie, qui crée des problèmes de réfugiés dans des pays comme la Turquie, le Liban et la Jordanie.

Q: Il a été proposé que l'argent de la reconstruction soit remis à l'Autorité palestinienne, qui en dirigerait les efforts. Qu'en pensez-vous?

R: Les différents bailleurs de fonds ont toujours des préférences quant au canal par lequel leur argent devrait être acheminé. Mais je crois qu'il est important que l'argent réponde à des priorités qui auront été cernées par l'Autorité palestinienne.




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