Le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Yukiya Amano est arrivé lundi matin à Téhéran pour obtenir plus de coopération sur le dossier nucléaire, avant des négociations cruciales mercredi à Bagdad entre l'Iran et les grandes puissances, a constaté un journaliste de l'AFP.

Siavosh Ghazi AGENCE FRANCE-PRESSE

Il a été accueilli à l'aéroport international de Téhéran par Ali Asghar Soltanieh, l'ambassadeur de l'Iran auprès de l'AIEA. Il s'agit de la première visite du chef de l'AIEA en Iran depuis son arrivée à la tête de l'agence onusienne fin 2009.

«Je vais à Téhéran dans un état d'esprit positif» car «nous avons réalisé des progrès satisfaisants» avec l'Iran lors des discussions à la mi-mai à Vienne et «je crois que c'est le bon moment d'avoir un dialogue direct avec des officiels iraniens», a-t-il déclaré peu avant de quitter Vienne.

«Rien n'est certain», mais «je vais à Téhéran avec l'espoir de parvenir à un accord» de coopération avec l'Iran, a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie iranienne Ali Akbar Salehi avait estimé de son côté que cette visite était «un bon présage», émettant l'espoir que les deux parties parviennent à un accord de coopération permettant de «répondre aux questions de l'AIEA et lever les ambiguïtés» sur le programme nucléaire iranien.

M. Amano est accompagné du numéro deux de l'agence, l'Argentin Rafael Mariano Grossi, et du chef de ses inspecteurs, le Belge Herman Neckaerts. Il doit rencontrer M. Salehi mais aussi le chef du programme nucléaire iranien Fereydoun Abbassi Davani et le négociateur de Téhéran pour les questions nucléaires Saïd Jalili.

Alors que Téhéran affirme que son programme est uniquement pacifique, l'AIEA qui surveille la plupart des installations nucléaires de l'Iran dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dit évoqué une «possible dimension militaire» du programme nucléaire iranien.

L'agence critique régulièrement le manque de coopération de Téhéran pour répondre à ses questions, s'attirant en retour l'accusation d'être manipulée par les Occidentaux qui s'appuient largement sur ses rapports pour dénoncer le programme nucléaire iranien.

M. Amano a lui même été accusé à plusieurs reprises par Téhéran d'être «partial» et «non professionnel».

Sa visite d'une journée a été décidée à l'issue de discussions jugées «positives» à Vienne la semaine dernière entre l'Iran et l'AIEA, relançant un dialogue bloqué depuis deux missions infructueuses d'experts de l'agence au début de l'année à Téhéran.

Elle intervient également 48 heures avant l'ouverture à Bagdad de discussions cruciales entre l'Iran et les grandes puissances sur le programme nucléaire iranien controversé.

Une réconciliation entre l'Iran et l'agence onusienne autour de nouvelles règles de coopération offrant davantage de transparence sur le programme nucléaire iranien constituerait un signal positif de Téhéran avant la réunion de Bagdad.

Les grandes puissances rassemblées au sein du groupe des «5+1» (les membres permaments du Conseil de sécurité de l'ONU: Etats-Unis, Russie, Chine, France, et Grande-Bretagne, plus l'Allemagne) ont réclamé à l'Iran des gestes concrets prouvant sa volonté de parvenir à un règlement négocié de la crise provoquée par son programme nucléaire.

Une partie de la communauté internationale, Occidentaux en tête, soupçonne Téhéran de vouloir, malgré ses dénégations, se doter de l'arme atomique.

Le programme nucléaire iranien a été condamné par six résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, dont quatre assorties de sanctions ensuite renforcées unilatéralement par les Occidentaux.

Israël et Washington, les deux ennemis jurés de Téhéran, ont également laissé planer la menace de frappes militaires contre les sites nucléaire iraniens en cas d'échec de la diplomatie.

Les dirigeants du G8 ont appelé Téhéran, samedi, à «saisir sa chance» à Bagdad en prenant des «mesures concrètes» propres à «rétablir la confiance internationale dans le fait que (son) programme nucléaire est entièrement pacifique».