Le président des États-Unis Barack Obama a appelé la population américaine au calme, dimanche. L'acquittement de George Zimmerman, survenu il y a moins de 48 heures, a suscité de vives émotions aux quatre coins du pays. Depuis, plusieurs milliers d'Américains sont descendus dans les rues.

François Van Hoenacker LA PRESSE

Samedi soir, peu après 22h, Zimmerman a été reconnu non coupable du meurtre de Trayvon Martin, un jeune Noir tué en février 2012 en Floride. La défense de l'accusé avait plaidé pour la légitime défense. Zimmerman a été acquitté par le jury au terme de 16 heures de délibérations.

Sitôt tombé, le verdict de non-culpabilité a provoqué une vague de protestations dans plusieurs villes des États-Unis. «Je sais que cette affaire a suscité des passions intenses, a déclaré dimanche Barack Obama dans un communiqué. Je sais que ces passions pourraient s'intensifier, mais nous sommes un État de droit, et un jury a parlé.»

Parmi les premières réactions suivant le verdict, notons celles des dizaines de personnes venues exprimer leur soutien aux parents de la victime devant le tribunal de Sanford. Plusieurs manifestants chantaient: «Pas de justice, pas de paix». Des marches et des manifestations - pacifiques dans l'ensemble - ont également eu lieu dimanche à Chicago, à Washington, à Atlanta, et à Philadelphie. La police de Los Angeles avait déclaré «par précaution» une «alerte tactique dans toute la ville». Des incidents ont par ailleurs été rapportés à Oakland, près de San Francisco. Des vitres ont été fracassées et des incendies ont été rapportés par les autorités.

D'autres rassemblements ont eu lieu dimanche en soirée. Des milliers de personnes ont manifesté à New York. De nombreux manifestants arboraient des pancartes avec le portrait de Trayvon Martin.

Le président américain a demandé aux Américains de «respecter les appels à la réflexion dans le calme». Barack Obama, qui avait soutenu en vain des projets de loi pour restreindre l'utilisation des armes à feu, a fait valoir que les Américains devraient «se demander, en tant qu'individus et en tant que société, comment empêcher de futures tragédies similaires» à celle de la Floride. Il avait été critiqué par ses adversaires politiques qui estiment qu'il aurait dû faire preuve de plus de réserve dans cette affaire sensible.

Les parents de Trayvon Martin, qui étaient absents lors du verdict, ont pour leur part appelé à des manifestations non violentes, en se référant à Martin Luther King et à la Bible. Les Américains ont aussi été nombreux à réagir sur la toile et les réseaux sociaux. Le réalisateur américain Michael Moore, par exemple, a écrit: «Si un Trayvon Martin armé avait suivi un George Zimmerman non armé et l'avait tué... Est-ce que j'ai vraiment besoin de terminer cette phrase?»

Le soir fatidique

George Zimmerman, 29 ans, dont le père est blanc et la mère Péruvienne, a toujours démenti tout motif racial dans la mort de Trayvon Martin. Selon sa défense, il avait ouvert le feu sur le jeune Noir Trayvon Martin, âgé de 17 ans, lors d'une ronde de surveillance bénévole de nuit, disant qu'il s'était méfié de lui à cause d'une série de braquages récents dans le quartier. Avant sa mort, le soir du 26 février 2012, Trayvon Martin allait rendre visite à son père et ne portait pas d'arme.

L'affaire a été hautement médiatisée. Elle a divisé le pays et excité les passions, principalement pour deux raisons. D'une part, elle a réveillé la question raciale au sein de la société américaine. Elle a également ouvert de nouveau le débat sur le droit de porter une arme à feu aux États-Unis. Le débat autour du procès Zimmerman, retransmis pendant trois semaines en continu à la télévision, a opposé ceux qui croient que Zimmerman a tué le jeune Noir par racisme, et ceux qui sont convaincus qu'il a agi en légitime défense.

Enquête et recours

L'avocat de la famille Martin, Benjamin Crump, a déclaré sur la chaîne CNN qu'une poursuite au civil était envisagée.

Hier, le département de la Justice a rappelé, de son côté, qu'une enquête fédérale était ouverte depuis l'an dernier à propos de cette affaire. «Des procureurs fédéraux expérimentés détermineront si les preuves révèlent une violation des lois fédérales pénales sur les droits civiques, passible de poursuites», indique le texte.

Selon le professeur de la faculté de droit de l'Université de Montréal Matthew P. Harrington, spécialisé dans l'histoire du droit américain, il sera difficile de faire changer les lois de la Floride, notamment la loi «stand your ground», promulguée en 2005. Selon cette disposition, une personne peut évoquer la légitime défense. Toutefois, la victime n'est pas tenue d'examiner si une autre option comme la fuite ou le retrait est envisageable, comme c'est le cas au Canada. «Il y a plusieurs obstacles au changement à cet égard en Floride, estime ce dernier. Il s'agit d'un État conservateur, et la population se sent en quelque sorte assiégée par la criminalité. Cette loi fait partie de la culture de l'État et je doute que de tels changements soient envisageables en Floride.»

- Avec l'Agence France-Presse