La Maison-Blanche va communiquer jeudi au Congrès les éléments en sa possession sur l'attaque chimique du 21 août en Syrie, après l'évocation par Barack Obama d'un «coup de semonce» à venir contre le régime Assad.

Tangi QUEMENER AGENCE FRANCE-PRESSE

Alors que l'invasion de l'Irak en 2003 est dans toutes les têtes et nourrit le scepticisme de certains élus, le porte-parole adjoint de la présidence, Josh Earnest, a confirmé qu'une conférence téléphonique aurait lieu à 18 h entre exécutif et parlementaires.

Du côté de l'administration, y participeront «la conseillère de sécurité nationale Susan Rice, le secrétaire d'État (John Kerry), le secrétaire à la Défense (Chuck Hagel), le directeur national du renseignement (James Clapper) ainsi que le vice-chef d'état-major interarmées» Sandy Winnefeld, a précisé M. Earnest.

Le porte-parole a aussi confirmé la publication prochaine, «avant la fin de la semaine» et peut-être dès jeudi, d'une «version déclassifiée d'une évaluation du renseignement quant à l'usage d'armes chimiques par le régime Assad», et a assuré que M. Obama considérait qu'il était «important de consulter le Congrès».

Avant la conférence en début de soirée, M. Obama s'est entretenu au téléphone jeudi «au sujet de l'état des discussions sur la Syrie» avec le président républicain de la Chambre, John Boehner, selon le bureau de ce dernier. Mercredi, M. Boehner avait exhorté le président à fournir «une explication claire et sans ambiguïté sur la façon dont une action militaire (...) permettra d'atteindre les objectifs américains et comment elle s'articule avec votre politique globale».

Certains parlementaires, comme le républicain John McCain, très en pointe dans ce dossier depuis le début de la guerre civile en Syrie, poussent le président à bombarder le pays.

Mais 116 élus de la Chambre (sur 435), dont 18 démocrates, ont réclamé la convocation du Congrès de façon à autoriser formellement des frappes.

La loi américaine requiert en théorie une autorisation votée par le Congrès pour tout déploiement durable de force à l'étranger, mais les présidents américains ont toujours estimé qu'ils disposaient du pouvoir constitutionnel de déclencher des opérations militaires sans aval parlementaire.

«Pas une répétition de l'Irak»

«Puisqu'il n'existe aucune menace imminente contre les États-Unis, il n'y a aucune justification pour court-circuiter l'autorisation du Congrès. (...) Des "consultations" avec le Congrès ne sont pas suffisantes», a pourtant protesté le représentant démocrate de l'État de New York, Jerrod Nadler.

M. Obama a affirmé mercredi soir qu'il n'avait «pas encore pris de décision» quant à une éventuelle action en Syrie, même si le déploiement en Méditerranée orientale de cinq destroyers américains équipés de missiles de croisière ne laisse que peu de doute sur la forme que prendrait une offensive.

Le théâtre du Moyen-Orient, des accusations portant sur des armes de destruction massive détenues par un régime autoritaire, une administration américaine affirmant détenir des preuves et disant être prête à se passer du soutien des Nations unies: les observateurs relèvent de nombreuses analogies entre la Syrie de 2013 et l'Irak de 2003.

M. Obama, qui avait jadis qualifié l'invasion et l'occupation de l'Irak d'«erreur tragique», a tenté de calmer ces appréhensions mercredi dans un entretien à la chaîne PBS, et mentionné «une approche limitée, sur mesure» en Syrie pour «ne pas nous retrouver entraînés dans un long conflit, (que ce ne soit) pas une répétition de l'Irak».

L'administration américaine assure qu'elle ne cherche pas à renverser le régime Assad. Mais pour M. Obama, il faut que le pouvoir syrien «reçoive un message assez fort sur le fait qu'il ferait mieux de ne pas recommencer» à recourir à ses armes chimiques, comme dans l'attaque qui a coûté la vie à des centaines de civils la semaine dernière selon l'opposition.

Le conflit en Syrie a fait plus de 100 000 morts depuis début 2011 selon l'ONU.

Mais «si vous larguez un tas de bombes sur la Syrie aujourd'hui et ne faites pas tomber Assad, vous rendez la situation potentiellement pire pour les Syriens et vous nous engagez dans un conflit qui pourrait durer une décennie», a prévenu jeudi le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy sur la chaîne MSNBC.