Unanime à condamner l'attaque «inacceptable» des forces syriennes contre un avion turc, l'UE a renforcé lundi ses pressions sur Damas avec de nouvelles sanctions, mais elle reste soucieuse d'éviter une escalade militaire avant une réunion de l'OTAN mardi consacrée à l'incident.

Yann OLLIVIER AGENCE FRANCE-PRESSE

Réunis à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont adopté un nouveau train de sanctions contre la Syrie, le seizième depuis le début de la répression il y a 15 mois. Il vise de nouvelles sociétés et ministères et étend l'embargo sur les ventes d'armes.

Dans une déclaration commune, ils ont aussi jugé «inacceptable» l'attaque par la Syrie d'un avion de combat turc, abattu vendredi au large de la Syrie, et affirmé que cette affaire devait faire l'objet d'une enquête «approfondie et urgente».

Selon Ankara, l'avion se trouvait dans l'espace aérien international, mais Damas affirme que sa souveraineté a été violée. À la demande de la Turquie, l'OTAN doit se réunir mardi à Bruxelles pour des «consultations» au titre de l'article 4 qui le prévoit notamment quand l'intégrité territoriale ou la sécurité d'un membre de l'Alliance est menacée.

«Personne ne peut se permettre de mettre à l'épreuve les capacités (militaires) de la Turquie», a prévenu le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, précisant toutefois que l'option militaire n'était pas d'actualité.

Damas a prévenu l'OTAN que son espace territorial était «sacré», alors qu'un nouvel incident aérien se serait produit depuis entre la Syrie et la Turquie, sans faire ni victime ni dégât matériel.

La réaction du gouvernement turc «a été très ferme, mais en même temps très maîtrisée», a relevé le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, disant s'attendre à ce que l'OTAN adopte une ligne similaire mardi.

Il est «important que toutes les forces comprennent que la désescalade est désormais décisive», a insisté son homologue allemand Guido Westerwelle. «Nous avons tous intérêt à ce que la situation ne s'envenime pas davantage.»

«Une intervention militaire est hors de question», a renchéri le Néerlandais Uri Rosenthal.

Les Européens préfèrent réitérer leur soutien aux efforts de l'ONU et augmenter les pressions sur le régime, malgré leur effet limité jusqu'ici.

Le détail de la nouvelle série de sanctions adoptée lundi, qui porte à 129 le nombre de personnes interdites de visa et dont les avoirs sont gelés, et à 49 le nombre de sociétés et administrations visées, sera publié mardi au Journal officiel de l'UE.

Elles concernent notamment les ministères de la Défense et de l'Intérieur, une banque, une société de transport de pétrole, une régie de télévision et un bureau de sécurité du parti de Bachar al-Assad, selon des diplomates européens.

L'UE a par ailleurs confirmé que les assurances de livraisons d'armes seraient désormais explicitement concernées par l'embargo sur les ventes d'armes à la Syrie, alors que l'assureur britannique Standard Club a annulé la semaine dernière l'assurance couvrant un cargo russe qui transportait des hélicoptères d'attaque à destination de ce pays.

Pour autant, M. Fabius a plaidé pour «qu'on aille plus loin», en sanctionnant une compagnie assurant des transmissions de télécommunications, qui serait «en relation avec la société (suédoise) Ericsson» et sert à des écoutes. Il a également appelé à l'interruption de la fourniture de phosphates.

Le blocage des exportations de phosphates, une source de financement importante pour la Syrie, s'est jusqu'ici heurté à l'opposition de certains États européens dépendants de cette ressource, comme la Grèce.

Les sanctions ont «parfois des conséquences négatives sur certains de nos pays, mais il faut savoir ce qu'on veut», a estimé M. Fabius: «Ou bien on a des sanctions efficaces et larges, ou bien on ne le fait pas.»