Six mois de contestation populaire en Syrie n'ont pas réussi à ébranler le clan Assad, qui tient fermement l'armée, les services de sécurité et l'économie, et reste soudé dans une lutte pour sa survie, estiment les analystes.

Lynne Nahhas AGENCE FRANCE-PRESSE

«La famille est restée unie, du moins jusqu'à présent, bien qu'elle soit soumise à une intense pression», estime Patrick Seale, spécialiste de la Syrie.

Plus de 2700 personnes ont été tuées depuis le début de la contestation contre le président Bachar al-Assad le 15 mars, selon l'ONU, et environ 10 000 autres sont actuellement en prison ou ont disparu, selon des militants.

«Tant que la famille, l'armée et les services de sécurité demeurent unis, il sera difficile pour l'opposition de renverser le régime», ajoute M. Seale, auteur d'une monumentale biographie du président Hafez al-Assad, père de Bachar.

«Le régime est toujours très solide», estime également Bassam Jaara, un journaliste d'opposition qui fut conseiller de l'ex-premier ministre Mahmoud al-Zohbi. Selon lui, il n'y a jusqu'à présent pas eu «de dissensions dans ses rangs».

Encouragés par les succès des Tunisiens et des Égyptiens qui ont renversé leurs dirigeants, les Syriens ont déclenché en mars un mouvement de contestation populaire visant à secouer l'emprise du parti Baas et à se débarrasser de la famille Assad, qui dirige le pays d'une main de fer depuis quatre décennies.

Mais alors que les militaires tunisiens et égyptiens ont pris le parti des contestataires, l'armée syrienne reste fidèle au régime, même si des défections sont signalées.

«Nous devons voir l'armée dans sa réalité, comme un instrument pour commettre les crimes du régime, mais il y a certainement parmi les militaires certains qui ressentent de l'amertume ou de la honte», affirme l'ancien vice-président Abdel Halim Khaddam.

«Mais la peur a dissuadé beaucoup d'entre eux de s'allier», ajoute M. Khaddam, qui a fait défection en 2005.

L'armée est commandée par des membres du clan Assad, qui fait partie de la minorité alaouite, une branche de l'islam chiite. Assef Chawkat, le beau-frère du président Assad, est chef d'état-major adjoint. Maher, le frère cadet du chef de l'État, commande la quatrième division, une unité d'élite redoutée.

Durant les premiers mois du soulèvement, Maher Assad était considéré comme le fer de lance de la répression. Mais M. Khaddam, qui a été un fidèle serviteur du régime pendant 21 ans, assure que «Maher est un instrument qui applique les décisions de son frère».

«Les membres de la famille peuvent avancer des idées ou présenter des conseils, mais c'est Bachar qui prend les décisions», ajoute M. Khaddam, selon lequel les caractères dominants de M. Assad sont «l'arrogance et la tyrannie».

M. Jaara, qui est basé à Londres, estime lui aussi que le président «est celui qui détient le pouvoir».

Pour contrer le soulèvement, M. Assad a fait appel à la vieille garde qui avait servi sous son père, décédé en 2000. «D'anciens chefs de l'armée et des forces de sécurité sont revenus et auraient été nommés conseillers en raison de leur expérience passée», affirme M. Jaara.

Selon le quotidien panarabe basé à Londres Asharq al-Awsat, le président Assad aurait rappelé en particulier des généraux ayant participé à la répression en 1982 à Hama (centre), où près de 20 000 personnes avaient été tuées dans la répression d'une insurrection dirigée par les Frères musulmans.

«Les généraux tant redoutés des services de renseignement Ali Douba et Mohammad Khawli sont revenus au palais présidentiel comme conseillers», a rapporté le journal dans un article début septembre, évoquant aussi le retour du général Nayef al-Aqel, «connu pour sa brutalité».

Mais selon M. Khaddam, «rien ne peut plus sauver le régime».