Le dirigeant contesté Mouammar Kadhafi a assuré sa détermination à rester aux commandes de la Libye, traitant par le mépris les frappes de l'Otan, malgré des informations sur des contacts en coulisses entre son régime et la rébellion.

Imed Lamloum AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans un message audio diffusé vendredi soir par la télévision d'État, le colonel libyen au pouvoir depuis 42 ans a averti que l'Otan, à la tête d'une coalition qui bombarde par les airs son pays depuis le 19 mars, serait vaincue et ne réussirait pas à contraindre son régime à changer quoi que ce soit.

«Nous résistons, nous combattons, s'ils descendent au sol, nous les attendrons, mais ce sont des lâches, ils n'oseront pas», a menacé M. Kadhafi, comme il le fait depuis le début le 15 février de l'insurrection qui s'est transformée en conflit armé.

Il a qualifié ses détracteurs de «croisés, lâches et fils de chien», les appelant à regarder la télévision libyenne pour voir, a-t-il dit, «les masses solidaires avec le leader historique». La chaîne diffusait en même temps des images d'un rassemblement de quelques milliers de militants pro-régime à Tripoli.

Mais alors que les combats entre pro et anti-Kadhafi se poursuivent depuis des mois, le Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi a confirmé des contacts entre le régime et les rebelles en Egypte, France, Norvège et Tunisie.

L'émissaire russe Mikhaïl Marguelov, qui s'était rendu jeudi à Tripoli, avait lui-même fait état «de contacts directs entre Benghazi (fief de la rébellion dans l'Est) et Tripoli» en vue de sortir le pays de la crise.

Mais le dirigeant rebelle Mahmoud Jibril a démenti tout contact.

Sur le terrain et malgré les bombardements des troupes fidèles au régime, d'intenses combats se déroulent dans les montagnes berbères de l'ouest où la rébellion tente de renforcer ses positions.

Vendredi, elle a réussi à assurer le contrôle, au terme d'affrontements avec les pro-Kadhafi, de toutes les localités situées entre Zenten et Yefren, deux villes déjà entre ses mains.

Plus à l'est à Misrata, tenue par les rebelles, les pro-Kadhafi ont bombardé l'est et l'ouest de la ville, tuant 10 civils vendredi, selon une source rebelle.

Misrata, stratégique en raison de sa situation à 200 km à l'est de la capitale et de son important port, a été assiégée et pilonnée pendant deux mois avant que les rebelles ne parviennent à desserrer l'étau début mai. Mais la ville reste quasi quotidiennement bombardée par les pro-Kadhafi.

L'Est du pays est tenu par la rébellion qui a établi à Benghazi sa «capitale», tandis que la majeure partie de l'ouest où, est située la capitale Tripoli, reste entre les mains de Mouammar Kadhafi.

Ce dernier a été lâché par nombre de ses alliés et est confronté à des défections en série dans son entourage.

Samedi, il a enregistré un nouveau revers avec l'annonce par l'Autriche de sa reconnaissance du Conseil national de transition (CNT), l'organe politique des rebelles, comme son seul interlocuteur en Libye.

Le CNT a indiqué par ailleurs n'avoir pas demandé sa reconnaissance officielle par Tunis: «Avec ce que la Tunisie nous a donné comme aide (...) nous avons dépassé le stade de la reconnaissance», a déclaré le président du CNT, Moustapha Abdeljalil.

Alors que des voix commencent à s'élever pour s'impatienter face à la longueur des opérations et le risque d'enlisement, l'Otan a rappelé ses trois objectifs: l'arrêt des attaques contre les civils, le retour dans leurs casernes des pro-Kadhafi et l'accès total des organisations humanitaires.

«La mission continuera et nous augmenterons la pression jusqu'à ce que ces objectifs soient atteints», a dit une porte-parole de l'Alliance.

Samedi, le ministre italien de la Défense Ignazio La Russa a cependant indiqué vouloir commencer «à réfléchir à une date» pour mettre fin à la partie active de sa mission en Libye, au-delà des trois mois pour lesquels l'Otan vient de s'engager.

Une telle attitude pourrait «inciter nos alliés britanniques, français et américains à trouver une porte de sortie diplomatique à la crise», a-t-il dit.

Aux États-Unis, la controverse sur la question des opérations militaires en Libye décidée sans l'approbation du Congrès a d'ailleurs connu un nouveau rebondissement samedi: le New York Times a révélé que le président Barack Obama avait ignoré, en prenant cette décision, l'avis de deux avocats de son administration, dont celui du principal avocat du Pentagone.

Depuis mi-février, le conflit en Libye a fait entre «10 000 et 15 000» morts et obligé près de 952 000 personnes à prendre la fuite, selon des organisations internationales.