Barack Obama, accusé au Congrès de s'être lancé dans un conflit sans stratégie de sortie en Libye, a envoyé au front dimanche Hillary Clinton et Robert Gates pour justifier l'engagement américain, invoquant notamment l'évolution démocratique encore fragile en Égypte.

Publié le 27 mars 2011
Mathieu Rabechault AGENCE FRANCE-PRESSE

Après les explications du président samedi lors de son intervention hebdomadaire à la radio, et avant son allocution télévisée lundi, ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense ont fait assaut de pédagogie au cours d'une tournée des émissions politiques dominicales américaines.

Le ministre de la Défense a reconnu, en réponse aux critiques des parlementaires américains, que Washington n'avait pas d'«intérêt vital» à préserver en Libye. Mais c'était pour mieux insister sur le risque de déstabilisation de l'Égypte voisine, qui est en revanche «une pièce centrale pour l'avenir» de la région.

Or d'après lui, la situation en Libye «risquait de mettre en danger» les révolutions encore «fragiles» en Tunisie et en Égypte, en provoquant un «exode massif» de réfugiés à leurs frontières.

L'Égypte est, avec la Jordanie, l'un des deux seuls pays arabes à avoir signé une paix avec Israël, et est le principal allié de Washington dans le monde arabe.

L'intervention internationale a également permis de prévenir une «catastrophe humanitaire» et un «massacre à grande échelle» en Libye, a expliqué la secrétaire d'État sur NBC, rappelant que le colonel Mouammar Kadhafi «avait l'intention, selon ses propres mots, de ne pas faire de quartier».

Les États-Unis vont rapidement passer le flambeau de la conduite des opérations, dont l'objectif est de protéger les civils et non de renverser le leader libyen, même si cela reste le but politique ultime, a pour sa part affirmé le secrétaire à la Défense.

«Comme nous l'avons vu par le passé (en Afghanistan et en Irak, ndlr), le changement de régime est quelque chose de très compliqué», a rappelé M. Gates sur la chaîne ABC. «L'une des choses essentielles, je pense, est de ne pas définir de but que vous n'êtes pas certain d'atteindre», a-t-il ajouté.

Les deux ministres, qui doivent témoigner mercredi à huis clos devant le Congrès, ont assuré que l'intervention de la coalition pour appliquer la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU se passait «bien».

Dans les airs, «la zone d'exclusion aérienne est en place», au sol les éléments blindés du colonel Kadhafi ont été «réduits de façon significative», a soutenu Robert Gates sur NBC pour rassurer une opinion publique sceptique à  l'endroit des frappes en Libye.

Selon les ministres américains, le régime du colonel Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, souffre aussi d'une multiplication des défections.

«Il y a de nombreux diplomates et chefs militaires en Libye qui basculent, qui changent de côté, qui font défection parce qu'ils voient comment ça va se terminer», a noté la secrétaire d'État sur CBS.

«Ne sous-estimez pas la possibilité que le régime lui-même craque», a renchéri son collègue de la Défense sur NBC.

Les opérations militaires ne sont qu'une facette de l'action des États-Unis et de leurs alliés, selon Mme Clinton, qui a évoqué le gel des avoirs de Mouammar Kadhafi et de sa famille et les contacts politiques entretenus avec les représentants de l'opposition.

Il est également possible d'armer les rebelles même s'«il n'y a pas de décision prise à ce propos», selon elle.

«Il y a de nombreuses façons de les aider», a-t-elle soutenu, indiquant que cet aspect serait au menu des discussions qu'elle aura avec ses homologues du groupe de contact, mardi à Londres.