Plusieurs proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy sont mis en cause par la justice dans une affaire de financement illégal qui risque de donner des sueurs froides à l'Élysée.

Marc Thibodeau LA PRESSE

En quelques jours, le juge d'instruction chargé de l'affaire Karachi, Renaud van Ruymbeke, a mis en examen cette semaine deux hommes, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire. Il leur reproche d'avoir, en 1994 et en 1995, tiré de comptes suisses d'importantes sommes pour financer la campagne présidentielle d'Édouard Balladur. La justice soupçonne M. Balladur d'avoir financé une partie de sa campagne de 1995 grâce à des commissions illégales sur la vente de sous-marins au Pakistan. Des ingénieurs français envoyés à Karachi pour entretenir les appareils y ont été tués en 2002 dans un attentat qui a mené à l'enquête de M. van Ruymbeke.

La semaine dernière, le juge d'instruction a mis en examen Ziad Takiédine, un intermédiaire libanais ayant ses entrées à l'Élysée, qui aurait empoché des millions de dollars grâce à ce contrat.

L'ex-femme de M. Gaubert a déclaré que son mari s'était rendu à plusieurs reprises en Suisse avec M. Takiédine dans les années 90 pour aller chercher de «volumineuses valises» de billets, lesquelles auraient ensuite été remises à Nicolas Bazire, à l'époque directeur de la campagne de Balladur.

Nicolas Sarkozy, qui était porte-parole d'Édouard Balladur pendant sa campagne, occupait alors la fonction de ministre du Budget. M. Gaubert était son chef de cabinet adjoint et travaillait sous les ordres de Brice Hortefeux, collaborateur de longue date du président.

Hier, M. Hortefeux s'est retrouvé à son tour sous les projecteurs après que Le Monde eut révélé qu'il avait appelé M. Gaubert à la mi-septembre pour le prévenir du fait que sa femme avait témoigné contre lui. Le quotidien affirme que l'ex-ministre de l'Intérieur a fait jouer ses relations pour obtenir de l'information confidentielle sur l'évolution de l'enquête. Le principal intéressé a déclaré hier qu'il avait simplement relayé à M. Gaubert des «rumeurs d'origine journalistiques indirectes» et qu'il n'avait rien à se reprocher.

L'avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi a demandé qu'une enquête préliminaire soit ouverte relativement à l'intervention de M. Hortefeux. «Nous voyons bien qu'il y a une panique manifeste à l'Élysée et que l'on veut tout faire pour étouffer le scandale», a-t-il dit.

Critiques socialistes

Les dirigeants socialistes font leurs choux gras des rebondissements judiciaires de l'affaire Karachi. Le porte-parole du parti, Harlem Désir, estime qu'ils témoignent de «l'inacceptable déliquescence morale du clan au pouvoir».

Hier matin, Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste, s'en est prise avec virulence à Sarkozy et à son entourage dans une entrevue accordée à Libération: «On a affaire à une association de malfaiteurs. Il faut regarder les choses en face!»

Les ténors de la droite estiment quant à eux que les attaques de la gauche sont des «calomnies» destinées à ternir l'image du président. «Les Français ne sont pas dupes de ces manipulations sordides qui ne visent qu'à mieux faire oublier les turpitudes et les divisions internes du Parti socialiste», a déclaré le secrétaire général du parti de la majorité, Jean-François Copé.