Avant même d'ouvrir la bouche pour défendre le projet controversé de construction d'un centre culturel islamique près de Ground Zero, le maire de New York, Michael Bloomberg, avait déjà passé son message, hier.

Mis à jour le 4 août 2010
Richard Hétu LA PRESSE

Il avait convoqué la presse à midi à Governors Island, dans la baie de New York, où les Hollandais ont planté le germe de la tolérance religieuse en Amérique. Et il avait choisi, comme toile de fond, la statue de la Liberté, symbole de l'accueil de sa ville aux immigrants.

«Nous trahirions nos valeurs et nous ferions le jeu de nos ennemis si nous traitions les musulmans différemment des autres», a déclaré le maire Bloomberg au milieu d'une dizaine de religieux de diverses confessions.

«En fait, céder au sentiment populaire reviendrait à donner une victoire aux terroristes», a-t-il ajouté, en référence aux arguments avancés récemment par des figures connues comme Sarah Palin, Newt Gingrich et Abraham Foxman, directeur de la Ligue antidiffamation (ADL).

Le maire a fait cette intervention peu après qu'une commission de la Ville de New York chargée de la préservation du patrimoine eut donné le feu vert à la «mosquée de Ground Zero», comme l'appellent ses détracteurs.

Les neuf membres de cette commission ont décidé à l'unanimité de retirer de la liste des monuments historiques le bâtiment du 45-47 Park Place, où le centre culturel islamique sera construit. L'édifice projeté, qui comptera une dizaine d'étages et abritera une mosquée, une piscine et un auditorium de 500 sièges, entre autres installations, se trouvera à deux coins de rue du lieu des attentats du 11 septembre 2001.

Le projet est parrainé par la Cordoba Initiative, une organisation fondée par l'imam new-yorkais Faisal Abdul Raul et sa femme Daisy Khan, deux apôtres du rapprochement des religions.

Opposition

Plusieurs opposants au projet ont assisté hier à la réunion de la commission du patrimoine new-yorkais. Certains d'entre eux ont brandi des affiches qui résumaient leur position dans ce débat: «Ne glorifiez pas le meurtre de 3000 personnes»; «L'islam construit des mosquées sur les lieux de ses conquêtes et victoires»; «M.Bloomberg: ils craignent que cette mosquée ait des liens radicaux».

Des familles de victimes se sont opposées au projet parce qu'il rouvre les blessures du passé. D'autres s'inquiètent des sources de financement du centre culturel, dont le coût est estimé à 100 millions de dollars. Rick Lazio, candidat républicain au poste de gouverneur de New York, s'est fait le porte-parole de ces derniers, hier.

«Qu'ils soient transparents», a-t-il déclaré en faisant allusion aux fondateurs de la Cordoba Initiative. «S'ils sont à la solde de gouvernements étrangers, nous devrions le savoir. S'ils sont liés à des organisations radicales, nous devrions le savoir.»