Depuis quelques jours, des centaines de milliers, voire des millions de téléspectateurs américains font la connaissance de Shona Holmes, une Ontarienne qui les met en garde contre l'implantation chez eux d'un système de santé inspiré de celui qui a cours au Canada.

Richard Hétu LA PRESSE

«J'ai survécu à une tumeur au cerveau. Mais si je m'étais fiée à mon gouvernement, je serais morte», dit la jeune femme dans une publicité diffusée dans huit États américains, dont la Virginie, la Louisiane et l'Indiana.

 

«Je suis citoyenne canadienne, ajoute-t-elle en fixant la caméra. Alors que ma tumeur au cerveau s'aggravait, le système de santé de mon gouvernement m'a dit que je devais attendre six mois pour voir un spécialiste.»

Mais tout est bien qui finit bien: comme elle l'explique dans l'annonce, Shona Holmes a reçu un traitement adéquat... aux États-Unis!

Cette pub de 30 secondes, financée par une fondation américaine vouée à la défense de la libre entreprise, n'est qu'un exemple parmi d'autres du dénigrement du système d'assurance maladie canadien qui accompagne le débat sur la réforme de la santé aux États-Unis.

Le groupe Conservatives for Patients' Rights en fournira un autre exemple aujourd'hui sur deux chaînes câblées nationales et une chaîne locale de Washington, dans une publicité de 30 minutes intitulée La fin des droits des patients: les conséquences d'un système de santé géré par le gouvernement. L'annonce mettra en vedette des patients et des médecins du Canada et de Grande-Bretagne qui décriront les «histoires d'horreur» des systèmes de santé de leur pays respectif.

Cette pub sera diffusée à la veille du retour des parlementaires américains à Washington, où ils doivent s'atteler à la rédaction des textes de loi qui concrétiseront la réforme du système de santé promise par Barack Obama.

«Je pense que le statu quo est inacceptable et que nous devons boucler la réforme cette année», a déclaré le président américain jeudi dernier, lors d'un appel téléphonique aux plus ardents supporters de sa campagne présidentielle.

«C'est notre plus grande chance de démontrer que le mouvement que vous avez lancé durant la campagne n'est pas fini.»

Les alliés démocrates du président à la Chambre des représentants se sont engagés d'adopter d'ici à la fin juillet une loi donnant à tous les Américains la possibilité d'une couverture médicale. Depuis huit ans, le nombre de personnes non assurées aux États-Unis est passé de 38 millions à plus de 46 millions.

Deux grands principes

La réforme, qui sera également débattue au Sénat, devra respecter deux autres grands principes fondamentaux, selon le président: elle doit contribuer à réduire les coûts des soins médicaux et laisser aux Américains la liberté de choisir leur couverture.

Il n'est donc pas question de copier le modèle du voisin du Nord. Mais la seule mention du système canadien peut apporter de l'eau au moulin des adversaires d'une réforme, a rappelé le stratège Frank Luntz dans une note adressée récemment aux parlementaires républicains.

«Les histoires d'horreur du système de santé canadien ont un impact, mais vous devez trouver une façon de les incarner», a-t-il écrit, évoquant une stratégie que les groupes opposés aux objectifs du président Obama ont déjà adoptée dans leurs publicités télévisées.

Le stratège recommande également aux politiciens de bien choisir leurs mots pour dénoncer le système de santé canadien ou britannique. Voici donc ce que les élus républicains devraient dire, selon Frank Luntz, lorsqu'ils s'adressent à la population: «Dans les pays où le gouvernement gère la santé, des politiciens prennent VOS décisions en matière de santé. ILS décident si vous recevrez tel ou tel traitement, ou si vous êtes disqualifié parce que le traitement est trop coûteux ou parce que vous êtes trop vieux. Nous ne pouvons pas avoir cela aux États-Unis.»

Les partisans de la réforme de santé n'ont évidemment pas l'intention de céder tout le terrain à leurs adversaires. Ils ont commencé à diffuser leurs propres pubs, qui donnent le mauvais rôle aux compagnies d'assurance plutôt qu'aux politiciens ou aux bureaucrates. Ils auront également l'aide du chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui sera à Washington demain pour parler des bienfaits du système de santé canadien au Woodrow Wilson Institute et durant des rencontres avec des membres de l'administration Obama et des parlementaires américains.

«Une bataille est engagée sur les soins de santé universels aux États-Unis et le NPD s'en mêle. J'espère que vous nous appuierez», écrit la présidente du NPD, Anne McGrath, dans un message où elle invite les partisans du parti à faire un don pour appuyer «Obama dans sa lutte pour les soins de santé universels».