(La Havane) Le consulat américain à Cuba a repris mardi la délivrance au compte-goutte de visas, après plus de quatre ans de fermeture pour de présumés incidents de santé ayant touché des diplomates, au moment où l’île est confrontée à un exode migratoire en raison d’une profonde crise économique.

Publié le 3 mai
Agence France-Presse

« Bienvenue à l’ambassade après si longtemps ! », a lancé une employée cubaine du consulat à un petit groupe de Cubains qui patientaient dans un parc situé à proximité de l’ambassade dans l’attente de leur rendez-vous.  

Interrogée par l’AFP, cette dernière a indiqué qu’un nombre réduit de rendez-vous avait été accordé pour la journée de mardi.

Le consulat américain à Cuba avait annoncé début mars une reprise de la délivrance de visas de manière « limitée » et « progressive », mais sans donner de date précise.  

La représentation consulaire avait fermé en septembre 2017, sur ordre de Donald Trump en raison de supposés incidents de santé (migraines, vertiges, troubles de la vision…)-surnommés « syndrome de La Havane » -ayant touché des diplomates en poste sur l’île. La Havane nie toute implication.

Pour les Cubains, l’obtention d’un visa pour les États-Unis est alors devenue une course d’obstacles, avec l’obligation de passer par un pays tiers, à ses frais, pour faire sa demande.

« Nous espérons que cela va bien se passer » car « cela fait trois ans que j’attends de pouvoir retrouver ma fille qui me réclame. Cela fait sept ans que je ne l’ai pas vue », a raconté à l’AFP un Cubain qui n’a pas souhaité donner son nom.  

La réouverture du consulat intervient après la reprise en avril de négociations sur la question migratoire entre Cuba et les États-Unis, interrompues depuis 2018.  

Cuba traverse sa pire crise économique en 30 ans, sous l’effet de la pandémie et du renforcement des sanctions américaines, poussant nombre d’habitants à chercher à émigrer à tout prix, certains par la mer mais la majorité par l’Amérique centrale.

Selon les autorités américaines, entre octobre 2021 et mars 2022, plus de 78 000 Cubains sont entrés illégalement aux États-Unis par la frontière mexicaine.

Mardi, certains Cubains ont tenté de se rendre au consulat sans rendez-vous préalable, comme Elsa Meneses, 81 ans, venue demander un « visa humanitaire » pour enterrer son fils décédé d’un cancer aux États-Unis dont il avait la nationalité.  

« J’ai essayé de me rendre (aux États-Unis) pour prendre soin de lui, mais on nous a refusé toutes les possibilités. Je n’ai pas pu le voir ni malade […] ni pour lui fermer les yeux. Je ne peux pas non plus aller l’enterrer », déplore-t-elle.