(Veracruz) « Ce sont des mensonges ! Ils vont nous expulser ». Des migrants qui traversent le Mexique en caravane pour défendre leurs droits hésitent devant l’offre des autorités d’un permis de séjour d’un an, par peur de se faire piéger.

Jennifer GONZALEZ COVARRUBIAS Agence France-Presse

« Nous vous invitons à vous approcher pour que vous puissiez recevoir une carte ! », crie au mégaphone un fonctionnaire à la caravane de quelque 800 ressortissants du Honduras et du Guatemala qui traversent ces jours-ci l’État de Veracruz, dans le sud du pays.

Des dizaines d’agents de l’Institut nationale de migration (INM) leur expliquent qu’ils pourront rester au Mexique pendant au moins un an pour des raisons humanitaires.

« Il vous sera plus facile d’obtenir le statut de résident permanent maintenant que les présidents des États-Unis et du Mexique vont se mettre d’accord », argumente même un fonctionnaire de l’INM, allusion au sommet États-Unis-Mexique-Canada ce jeudi à Washington.

L’offre divise les troupes, après 500 kilomètres à pied sous de fortes chaleurs et des nuits à la belle étoile.

« Nous avons beaucoup avancé et nous sommes très fatigués », déclare Walter Ceron, un ressortissant du Salvador de 30 ans qui accepte de quitter la caravane et de monter à bord du bus mis à disposition des migrants.

« Ce sont des mensonges, ils vont nous déporter », crient au contraire des irréductibles.

Très remontée, Elena Raudales, du Honduras, montre à une équipe de l’AFP une « carte de visiteurs pour raisons humanitaires » avec son nom et sa photo.  

« Elle expire en avril prochain et pourtant ils m’ont arrêtée il y a deux mois et m’ont ramenée là-bas », vers la frontière avec le Guatemala « . » On ne va plus jamais les croire « .

Le charismatique leader mexicain de la caravane, Irineo Mujica, estime que l’offre d’un séjour humanitaire d’un an est destinée à » disperser la caravane « .

L’ambassadeur des États-Unis et l’INM l’ont accusé de manipuler les migrants avec son intransigeance et de faire le jeu des passeurs.

 » Cela ne me dérange pas parce que je n’ai pas d’ambition politique. J’ai juste une responsabilité morale «, ajoute le défenseur des sans-papiers. Il possède lui-même deux passeports, ayant la nationalité américaine après avoir vécu aux États-Unis.

Près de 1500 personnes ont accepté l’offre de l’INM, d’après les autorités.

Le Mexique sert souvent de rempart aux États-Unis face aux crises migratoires en forte hausse.

Élu il y a un an, le président Joe Biden a promis de traiter avec plus d’humanité les migrants que pendant le mandat de Donald Trump.

Or, depuis son investiture le 20 janvier, plus d’1,3 million d’étrangers ont été interpellés à la frontière avec le Mexique, un niveau inédit depuis 20 ans, selon des chiffres de septembre.

Le Mexique a déjà expulsé quelque 73 300 sans-papiers en 2021, d’après des chiffres officiels.