(Matías Romero) « Il faut qu’il nous aide ». Des migrants qui traversent le Mexique à pied s’en remettent au président Joe Biden avant le sommet États-Unis-Mexique-Canada jeudi à Washington, avec à l’ordre du jour les lancinantes questions migratoires et sécuritaires.

Jennifer GONZALEZ COVARRUBIAS Agence France-Presse

« Si nous avions de l’argent, nous ne serions pas ici », ajoute Elsa, une ressortissante du Honduras croisée parmi les quelque 800 hommes, femmes et enfants qui avancent en file indienne sur les routes de l’exode, avec poussettes et sac à dos.

Avec sa fille de huit ans, Elsa, 35 ans, a parcouru 500 km depuis que la caravane a quitté Tapachula à la frontière du Guatemala (sud), le 23 octobre.

Son voyage a commencé au Honduras, où la jeune femme affirme avoir laissé sa fille aînée qui vient d’accoucher. « Elle n’a pas eu le courage de prendre la route à cause des menaces ».

Les « menaces » viennent des gangs (Mara Salvatrucha et Barrio 18) qui sèment la terreur au Honduras et en Amérique centrale (assassinats, enlèvements, narcotrafic, extorsions), provoquant les départs vers l’étranger avec la pauvreté.

Arrivés à Matias Romero, dans l’État d’Oaxaca (sud), Elsa, sa fille et les migrants ont dormi à même le sol de ciment d’un terrain de basketball en plein air, sous quelques couvertures et des sacs de plastique, en toute promiscuité.

« Paix, justice, liberté »

Au réveil, les pieds sont endoloris. Le petit-déjeuner se résume à quelques galettes offertes par les habitants. « Ma fille est tombée malade. Parfois elle n’a plus la force d’avancer. J’ai été sur le point de retourner au Honduras. Mais c’est très dangereux là-bas pour moi ».

Initialement, la caravane « pour la paix, la justice et la liberté » devait se rendre à Mexico, pour exiger la régularisation des étrangers sans-papiers.

L’un de ses deux leaders mexicains a annoncé la semaine dernière un brusque changement de cap vers l’État de Sonora à la frontière avec les États-Unis.

L’objectif d’Elsa reste les États-Unis, où elle veut travailler « coûte que coûte », pour envoyer de l’argent à sa fille restée au Honduras.

La mère de famille demande également au président Andres Manuel Lopez Obrador de régulariser sa situation au Mexique si jamais elle n’arrivait pas à passer les rives du Rio Grande très bien gardées-ce qui est fort probable.

La caravane progresse sous le regard des forces de l’ordre. Les heurts sont fréquents. « Libertad, libertad »,  crient des migrants qui encerclent soudain une voiture de la Garde nationale (GN) pour l’empêcher d’avancer.

Le 31 octobre, deux Cubains ont été tués par des agents de la GN au Chiapas, plus au sud. Le président Lopez Obrador a demandé que les agents qui ont ouvert le feu soient poursuivis.

Les deux Cubains faisaient partie de la caravane, d’après les organisateurs, ce que les autorités n’ont pas confirmé.

« Animaux »

Parmi les organisateurs figure Irineo Mujica, un activiste mexicain qui considère que son pays traite les migrants comme des « animaux ».  

Très charismatique, M. Mujica aurait également la nationalité américaine, d’après plusieurs sources.

L’ambassadeur des États-Unis au Mexique, Ken Salazar, a estimé que les organisateurs faisaient le jeu des passeurs, qui gagnent de l’argent sur le dos des candidats à l’exil.

M. Mujica manipule les migrants, a accusé l’Institut national de migration (INM).

À certains points de contrôle, des fonctionnaires proposent des permis d’un an. Certains acceptent, d’autres refusent au cri de « ce sont des mensonges ».

Élu il y a un an, le président Joe Biden a promis de traiter avec plus d’humanité les migrants que pendant le mandat de Donald Trump.

Depuis son investiture le 20 janvier, plus de 1,3 million d’étrangers ont été interpellés à la frontière avec le Mexique, un niveau inédit depuis 20 ans, selon des chiffres de septembre.

Le Mexique a dû gérer une importante crise migratoire fin septembre avec des Haïtiens, après avoir dispersé en août plusieurs caravanes. Quelque 73 300 sans-papiers ont été expulsés en 2021, d’après des chiffres officiels.

« Qu’il le fasse pour les enfants. Si nous allons aux États-Unis, ce n’est pas pour devenir riche ». Dans la caravane, Berta Caballero, 38 ans, lance également un appel à Joe Biden, au nom des cinq enfants qui voyagent avec elle et son compagnon.

« Je leur dis qu’un jour nous allons obtenir ce que nous voulons ». Surtout une bonne éducation. « Parce que le petit de neuf ans peut à peine épeler un mot ».