(Brasilia) Accusé d’avoir « délibérément exposé » les Brésiliens à une « contamination de masse » par la COVID-19 par une commission d’enquête du Sénat (CPI) qui a demandé mercredi son inculpation pour dix crimes, le président Jair Bolsonaro s’est dit « coupable d’absolument rien ».

Valeria PACHECO avec Louis Genot à Rio de Janeiro Agence France-Presse

« Nous savons que nous avons fait ce qu’il fallait dès le début », a-t-il insisté, au cours d’une cérémonie officielle dans l’État du Ceara.

Le rapport final de la CPI, présenté mercredi, désigne pourtant le président d’extrême droite comme ayant été « le principal responsable des erreurs du gouvernement pendant la pandémie » qui a fait plus de 600 000 morts au Brésil.

Outre le « crime contre contre l’humanité », qui pourra être jugé à la Cour Pénale Internationale de La Haye, le rapporteur Renan Calheiros a retenu neuf chefs d’accusation allant du « charlatanisme » à l’« incitation au crime » en passant par les « infraction aux mesures sanitaires » et la « prévarication ».  

« Le président a commis de nombreux crimes et il va payer », a déclaré le président de la CPI, Omar Aziz, à l’ouverture de la session de mercredi.

Ces accusations gravissimes devraient néanmoins avoir une portée surtout symbolique pour l’heure, Jair Bolsonaro bénéficiant de soutiens au Parlement à même de lui éviter l’ouverture d’une procédure de destitution. De même, le procureur général Augusto Aras, un de ses alliés, peut faire barrage à toute inculpation.

L’impact politique pourrait toutefois s’avérer désastreux pour cet ancien capitaine de l’armée, dont la popularité est déjà au plus bas. Il est à cet égard loin d’être assuré d’être réélu dans un an, tant il est largement distancé dans les sondages par l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.

Pour les sénateurs, les crimes cités dans le rapport sont « intentionnels », le gouvernement Bolsonaro ayant délibérément décidé de ne pas prendre les mesures nécessaires pour contenir la circulation du virus, espérant que la population atteigne « l’immunité collective », une stratégie « à haut risque », selon la CPI.

« Instrument de vengeance »

« À l’issue de six mois de travaux intenses, cette Commission parlementaire a recueilli des preuves qui montrent que le gouvernement fédéral […] a agi avec lenteur dans le combat contre la pandémie causée par le coronavirus, exposant délibérément la population à un risque réel d’infection de masse », résume ce rapport accablant de près de 12 000 pages lu dans une version abrégée par Renan Calheiros.

La CPI a notamment dénoncé le « retard délibéré » dans l’acquisition de vaccins, le gouvernement Bolsonaro ayant préféré promouvoir des « traitements précoces » inefficaces comme l’hydroxychloroquine contre le virus, avec des « conséquences tragiques » pour la population.

Le rapporteur avait dans un premier temps prévu d’inclure deux autres chefs d’accusation, pour « homicide » et « génocide de populations indigènes », mais les a retirés au dernier moment, pour s’assurer que son rapport sera approuvé par vote la semaine prochaine.

La commission a également demandé l’inculpation de quatre ministres et de deux ex-ministres. Trois fils du président ont aussi été ciblés par la CPI pour « incitation au crime » par le biais de la diffusion de fausses informations.

« Ce rapport est un instrument de vengeance contre Bolsonaro et sa famille, c’est évident, que ni mes frères, ni moi, et encore moins le président, n’avons commis le moindre crime », a déclaré le sénateur Flavio Bolsonaro, l’aîné de la fratrie, peu avant la présentation du texte.

« Grippette »

Le rapport va être transmis au Parquet, seul compétent pour inculper les personnes incriminées par la CPI. Dans le cas de Jair Bolsonaro, les spécialistes jugent cette inculpation peu probable, puisqu’elle est du ressort du procureur général.

La CPI a enquêté sur les responsabilités du gouvernement dans la grave pénurie d’oxygène qui a causé la mort de dizaines de patients par asphyxie à Manaus.

La Commission s’est également penchée sur des soupçons de corruption dans l’achat de vaccins, ainsi que sur les relations entre Brasilia et des mutuelles de santé privées accusées de promouvoir le « traitement précoce ».

L’une d’elles, Prevent Senior, est soupçonnée d’avoir mené à l’insu de ses patients des expériences avec ce type de traitements et d’avoir fait pression sur ses médecins pour les prescrire à des « cobayes humains ».