(Mexico) Au Mexique, pris dans la tourmente de la pandémie, le personnel soignant en première ligne endure les pertes les plus lourdes enregistrées sur tout le continent américain.

Publié le 12 mars 2021
Yussel GONZALEZ Agence France-Presse

Ce pays de 125 millions d’habitants, le troisième le plus endeuillé de la planète, comptabilisait jusqu’au 1er mars 3471 décès parmi les travailleurs de la santé, dont 47 % de médecins, selon le gouvernement.  

Début février, un rapport de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) indiquait déjà que le nombre de décès dans le personnel de santé au Mexique était deux fois plus élevé qu’aux États-Unis (1347 décès), loin devant le Pérou (589) et le Brésil (480).

Au total, 17 pays des Amériques recensaient 6645 décès entre janvier 2020 et février 2021.

« Efforts héroïques »

En février, la directrice de l’OPS, Carissa Étienne, avait reconnu les risques encourus par les travailleurs de la santé-médecins, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers et nettoyeurs-face à la maladie.

« Beaucoup ont mis leur propre vie et celle de leur famille en danger pour soigner les malades, et leurs efforts héroïques ont permis de sauver des patients atteints de la COVID-19 », avait-elle déclaré lors d’une conférence de presse virtuelle.  

Parmi eux se trouvait le docteur Christian Cruz, un anesthésiste d’origine colombienne, 32 ans au moment de sa mort.

Ce spécialiste de l’intubation avait été particulièrement sollicité pour prêter assistance aux patients en détresse respiratoire à cause du virus.

Il souffrait pourtant de sclérose systémique, une maladie auto-immune qui l’exposait particulièrement aux risques de contagion.

« Nous avons été plus prudents, à cause de sa maladie, mais nous ne savions pas comment il s’en sortirait en étant en contact aussi longtemps avec les malades », confie à l’AFP sa veuve, Yesenia Leyva, 33 ans, elle-même oncologue pédiatrique.

Près d’elle s’étalent les diplômes de son mari, ainsi qu’un portrait de lui et de son laryngoscope, l’outil en forme de bec avec lequel il intubait ses patients.

Le docteur Jesus de la Torre était médecin-urgentiste, l’un des plus en vue au Mexique. Jusqu’à sa mort à l’âge de 67 ans, il exerçait dans l’État de Morelos, dans le centre du Mexique.

« Il était très dévoué, tout à sa très grande vocation », raconte son fils Federico, 43 ans, « et donnait la priorité à son travail, au point de manquer des évènements familiaux, des anniversaires ».

Mais l’âge avait eu raison de son dévouement et il avait cessé d’exercer à l’hôpital pour prêter assistance par téléphone à ses collègues toujours sur le front de l’épidémie, qui a fait plus de 193 000 morts dans le pays pour 2,1 millions de cas déclarés.  

Habitué des petites heures de la nuit

Une autre victime de la COVID-19, le docteur Diego Gutierrez était un habitué des petites heures de la nuit durant lesquelles il traquait les tumeurs malignes.

Oncopathologiste, spécialiste de l’analyse de biopsies et de tumeurs, il passait le plus clair de son temps chez lui, les yeux rivés sur un microscope que sa veuve, le docteur Ariadna Bautista, conserve avec nostalgie, de même que sa blouse et son bureau.

« Je ne sais pas comment le virus est arrivé jusqu’à lui, ici, à la maison », s’interroge-t-elle, la voix brisée par l’émotion.

Elle explique qu’elle se rendait au laboratoire afin de récupérer les échantillons que son mari devait ensuite analyser.

« Il ne sortait pas, car il était en surpoids et donc exposé à des complications en cas d’infection », ajoute-t-elle.

« Il était tout pour moi », poursuit-elle avec tristesse, « dès qu’il se réveillait, il avalait son café et se dépêchait de retourner à son microscope ».