(Bogota) La représentante en Colombie de la Haute-commissaire de l’ONU aux droits humains a exprimé mardi son inquiétude face aux menaces contre la justice de paix qui enquête sur les crimes commis pendant plus d’un demi-siècle de conflit dans le pays.

Agence France-Presse

Juliette de Rivero s’est dite « préoccupée par les affirmations d’acteurs qui cherchent à discréditer l’impartialité et l’indépendance de cette institution […] et la mettent en danger ».

Lors de la présentation du rapport qu’elle remettra jeudi au Conseil des droits humains des Nations unies à Genève, elle a notamment critiqué une initiative du parti au pouvoir, le Centre démocratique (droite) demandant l’arrêt de la Juridiction spéciale pour la paix (JEP), issue de l’accord qui a conduit au désarmement de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en 2016.

« Cela constitue une grave menace pour les droits des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation », a souligné Mme de Rivero.

21 000 enlèvements, 6400 exécutions

La justice pour la paix n’a pour l’heure prononcé aucune condamnation, mais huit anciens chefs de la guérilla ont été inculpés pour plus de 21 000 enlèvements. Elle a également révélé le chiffre effrayant de 6400 civils sommairement exécutés par les militaires et présentés comme tués au combat sous la présidence d’Alvaro Uribe (2002-2010), fondateur et chef du Centre démocratique.

La révélation de ces exécutions extrajudiciaires est l’un des plus grands scandales impliquant l’armée colombienne durant sa confrontation avec les guérillas de gauche.

Alvaro Uribe a nié avoir incité les troupes à « violer la loi » lorsqu’il a exigé « l’efficacité » et a qualifié les conclusions de la JEP de « scandaleuses ».

Mme Rivero a également exprimé son inquiétude face à la « grave situation de violence » qui secoue actuellement la Colombie.

En 2020, l’ONU a recensé au moins 292 assassinats et s’est dite choquée par le nombre de militants des droits humains tués.

La Colombie est minée depuis près de soixante ans par une complexe guerre interne, qui a fait plus de neuf millions de victimes des guérillas de gauche, des paramilitaires de droite, des trafiquants de drogue et des forces de sécurité de l’État.