(Entre-Ríos) Des milliers de migrants honduriens ont vu s’évanouir samedi au Guatemala leurs rêves de gagner les États-Unis pour fuir la misère et la violence et se sont résignés, épuisés, à leur rapatriement par les autorités guatémaltèques.

Edgar CALDERON
Agence France-Presse

Bloqués au Guatemala dans leur marche vers la frontière mexicaine par des barrages routiers, des centaines de migrants, en majorité des jeunes, étaient déjà en cours de rapatriement samedi matin à bord de camions militaires, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Partis mercredi soir en caravane humaine de San Pedro Sula, la deuxième ville du Honduras, plus de 2000 Honduriens qui voulaient se rendre aux États-Unis ont finalement demandé leur rapatriement, selon la présidence du Guatemala.

Frontière sous haute surveillance

Au poste-frontière de Tecun Uman avec le Mexique, sous haute surveillance de l’armée et de la police guatémaltèques, environ 80 migrants honduriens visiblement fatigués étaient regroupés à côté de bus et camions militaires portant l’inscription « retour volontaire », ont constaté des journalistes de l’AFP.

Des humanitaires de la Croix-Rouge distribuaient aux migrants des rations alimentaires et des masques de protection sanitaire.

Le président du Guatemala Alejandro Giammattei a ordonné jeudi soir l’arrestation et l’expulsion des quelque 3000 migrants honduriens qui venaient de forcer le passage à la frontière du pays dans l’espoir de rejoindre les États-Unis, malgré les risques et les restrictions liés à la pandémie de coronavirus.

En pleine crise sanitaire, « ni les protocoles d’entrée dans le pays ni les protocoles de santé instaurés pour garantir la protection de nos citoyens n’ont été respectés », a dénoncé le président guatémaltèque.

Les autorités guatémaltèques « nous ont dit que nous devons monter dans les bus et retourner au Honduras », constate avec amertume Maria Cruz. La jeune femme de 26 ans voyage avec son frère José Javier, 23 ans, et son fils Joshua Isaac, âgé seulement de quatre ans.

Comme lors de caravanes précédentes, les migrants invoquent le chômage, des services défaillants d’éducation et de santé, ainsi que la violence des gangs pour expliquer leur fuite. Raisons auxquelles s’ajoutent désormais les conséquences économiques et sociales du coronavirus.

Frustration

Épuisés, les vêtements sales, les migrants expriment leur frustration.  

« J’ai quitté le Honduras parce que la situation est mauvaise, il n’y a pas de travail, on nous disait qu’on allait être aidé, qu’on n’aurait pas besoin de partir […] mais c’est la faim qu’on endure », s’indigne Carlos, qui n’a pas voulu révéler son nom de famille.  

Angel Martinez, 19 ans, a, lui, décidé de rentrer « car le voyage est très dur ». « Je marche depuis trois jours et au Guatemala, les policiers sont des canailles », explique-t-il à l’AFP au sein d’une file de migrants fatigués retournés au poste-frontière de Corinto (nord-est du Honduras).

« Je suis trop frustré, car nous sommes partis de chez nous avec l’objectif d’aller aux États-Unis, et quand nous devons revenir nous sentons que nos rêves se sont brisés », confie Blas Escobar qui dit avoir parcouru plus de 250 km à pied ou en montant dans des camions.

« Je suis en colère : j’ai perdu du temps et j’ai dépensé le peu d’argent que j’avais », rage Eduardo Rodríguez, un jeune homme de 22 ans qui boite après s’être blessé le pied droit en tombant d’un camion en marche où il était grimpé. Un de ses compatriotes est mort au premier jour du périple, écrasé par un camion sur lequel il tentait de monter.

Quelques centaines de migrants avaient rebroussé chemin après la déclaration du président guatémaltèque annonçant leur arrestation et leur expulsion, mais la majorité des candidats au rêve américain avaient poursuivi leur route.  

Les migrants en cours de rapatriement sont remis aux autorités honduriennes au poste-frontière de Corinto, à 280 km à l’est de la capitale Guatemala, selon la police guatémaltèque.

Du côté mexicain, des militaires ont été déployés le long de la frontière avec le Guatemala pour bloquer le passage.  

Vendredi matin, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a laissé entendre que cette caravane a été « formée » dans le but d’impliquer le Mexique dans la campagne présidentielle américaine. « C’est très bizarre que cette caravane se mette en route à la veille de l’élection aux États-Unis », a-t-il avancé.