La Croix-Rouge internationale a annoncé vendredi une distribution d'aide d'urgence au Venezuela, une inflexion dans la position du gouvernement du président Nicolas Maduro qui niait jusque-là l'existence d'une « crise humanitaire » dans le pays pétrolier.

ALEXANDER MARTINEZ AGENCE FRANCE-PRESSE

« Nous estimons que dans un délai de 15 jours environ, nous serons prêts à distribuer de l'aide [...]. Nous espérons pouvoir aider 650 000 personnes dans un premier temps », a déclaré Francesco Rocca, le président de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, lors d'une conférence de presse à Caracas.

L'entrée d'aide humanitaire dans le pays, frappé par de graves pénuries d'aliments et de médicaments, est depuis des mois au centre du bras de fer que se livrent le chef de l'État Nicolas Maduro et son principal opposant, Juan Guaidó, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays dont les États-Unis.  

« Le régime reconnaît son échec en acceptant l'existence d'une situation d'urgence humanitaire complexe qu'il a provoquée », a réagi Juan Guaidó, en référence à la profonde crise économique que traverse le pays, jadis le plus prospère d'Amérique du Sud. « C'est le résultat de la pression » exercée sur le gouvernement, s'est félicité l'opposant, autoproclamé président par intérim le 23 janvier.  

Les États-Unis ont immédiatement « salué » l'annonce de la Croix-Rouge et se sont dit prêts à envoyer de l'assistance par le biais de l'organisation internationale.  

M. Rocca n'a pas détaillé le contenu de cette aide, mais il a mentionné des antibiotiques, des kits chirurgicaux, ainsi qu'une assistance matérielle pour les hôpitaux, telle que des groupes électrogènes pour faire face aux coupures de courant massives que subit le pays depuis plusieurs semaines.  

Vendredi, après quatre jours de paralysie en raison d'une nouvelle panne électrique, moins de trois semaines après une méga-panne (7 au 14 mars), la vie reprenait progressivement son cours à Caracas, a constaté l'AFP.  

Francesco Rocca a souligné que son organisation agirait en accord avec ses propres principes « d'impartialité, de neutralité et d'indépendance », « sans accepter les interférences de personne ». « C'est une opération très similaire a celle que nous menons en Syrie », a-t-il ajouté, à propos de l'ampleur de l'opération.

« Personne ne peut se vanter »

Cette annonce intervient à la veille d'une nouvelle journée de manifestations convoquées dans tout le pays par les deux camps.

L'opposition accuse le gouvernement d'être responsable de la grave crise économique qui a contraint le pays a diminuer drastiquement ses importations, par manque de liquidités après l'effondrement de la production pétrolière (96 % des revenus du pays). Le dirigeant socialiste rejette la responsabilité des pénuries sur les sanctions financières imposées par Washington.  

« Je ne pense pas que quiconque, ni M. Maduro, ni M. Guaidó, puisse se vanter d'avoir gagné. Personne ne gagne ici, nous devons sauver des vies », a ajouté M. Rocca.

Le 23 février, les adversaires de Nicolas Maduro ont essayé de faire entrer au Venezuela de l'aide humanitaire, envoyée essentiellement des États-Unis à la demande de Juan Guaidó. Le président Maduro, lui, y voyait le prélude à une intervention militaire.  

Les camions chargés de ces produits de première nécessité ont finalement dû rebrousser chemin face au blocage frontalier ordonné par le gouvernement. La situation à la frontière a dégénéré : sept personnes ont été tuées et plusieurs centaines blessées dans des heurts.

Francesco Rocca s'est dit disposé à utiliser cette aide accumulée à la frontière du Venezuela, côté colombien et brésilien, mais en suivant les règles de son institution.  

« Cela ressemble à une vraie opportunité, et nous pensons que c'est une réponse aux efforts du président par intérim Guaidó », s'est félicité le représentant spécial américain pour la crise au Venezuela, Elliott Abrams, indiquant que les États-Unis « seraient heureux de placer une partie de leur aide dans cette méthode » pour venir en aide aux Vénézuéliens.

Parallèlement, un avion en provenance de Chine avec 65 tonnes de médicaments et de matériel médical est arrivé vendredi au Venezuela, salué par le gouvernement comme une « victoire » face aux sanctions américaines qu'il accuse d'asphyxier économiquement le pays.  

La Chine fait partie des alliés du pouvoir chaviste, avec la Russie. Cette dernière a envoyé il y a quelques jours une mission militaire à Caracas, qualifiée de « provocation » par la Maison-Blanche.

Vendredi, les États-Unis ont une nouvelle fois mis en garde Moscou contre le déploiement de militaires dans le pays, réaffirmant leur détermination à défendre leurs intérêts et ceux « de leurs partenaires » dans la région.