Le chef de l'État vénézuélien Nicolas Maduro s'est dit prêt vendredi à rencontrer le «président» autoproclamé Juan Guaido, une offre rejetée comme «un faux dialogue» par l'opposant, qui a appelé les Vénézuéliens à poursuivre la mobilisation dans la rue pour réclamer le départ du dirigeant socialiste.

Mis à jour le 25 janv. 2019
MARIA ISABEL SANCHEZ AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je m'engage en faveur d'un dialogue national. Aujourd'hui, demain, toujours, [...] je serai prêt à aller où il faut aller. Personnellement, si je dois aller voir ce garçon [...] j'y vais», a déclaré Nicolas Maduro lors d'une conférence de presse, en faisant référence au jeune président du Parlement.  

Une proposition sèchement rejetée par Juan Guaido, qui s'est exprimé devant plusieurs centaines de partisans sur une place de Chacao, dans l'est de Caracas, pour sa première apparition publique depuis son autoproclamation mercredi comme «président en exercice» du pays.  

«La répression, quand elle ne donne pas de résultat, se transforme en un faux dialogue», a déclaré l'opposant, 35 ans, qui a passé les deux derniers jours dans un endroit tenu secret à Caracas. Il réagissait également à une proposition du Mexique d'accueillir les deux protagonistes de la crise pour entamer des discussions.  

«Si les parties le demandent, nous sommes les mieux placés pour les aider afin qu'il y ait un dialogue», a proposé le président de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador, dont le pays est un des rares en Amérique latine n'ayant pas reconnu Juan Guaido.  

Vendredi, Juan Guaido a poursuivi son offensive M. Maduro, en appelant à une «grande mobilisation» dans la rue la semaine prochaine, après les manifestations de mercredi qui ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans les rues de Caracas.  

«Ceux qui croient que nous nous sommes dégonflés vont être frustrés, car il y a des gens dans la rue pour un moment, jusqu'à ce que cesse l'usurpation et qu'il y ait un gouvernement de transition et des élections libres», a déclaré Juan Guaido. La date exacte du rassemblement devrait être connue dimanche.  

«Rébellion populaire»

Dans son bras de fer avec le chef de l'État, Juan Guaido a aussi assuré que l'ambassade des États-Unis à Caracas resterait ouverte et demandé aux diplomates vénézuliens de rester à leur poste dans ce pays.  

«Nous disons aux fonctionnaires de l'ambassade américaine: vous pouvez rester dans ce pays», a-t-il déclaré, contrecarrant la décision du chef de l'État qui a donné mercredi 72 heures aux représentants diplomatiques américains pour quitter le pays.  

«Je ne peux pas imaginer que (les États-Unis) ne vont pas respecter» l'ultimatum, a affirmé Nicolas Maduro, qui a appelé à «la rébellion populaire contre le coup d'État» dont il accuse Washington d'être l'instigateur. «Le peuple dans la rue !» a-t-il lancé.  

Les mouvements de protestation contre le régime ont fait 26 morts en quatre jours, selon l'ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social.  

Et plus de 350 personnes ont été arrêtées cette semaine lors de ces manifestations, «dont 320 pour la seule journée du 23 janvier», a précisé la Haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, qui a réclamé des «discussions immédiates pour désamorcer une atmosphère de plus en plus inflammable».

Jeudi, Juan Guaido a laissé entrevoir une porte de sortie à Nicolas Maduro, en évoquant une éventuelle amnistie. Le Parlement avait déjà promis le 15 janvier une «amnistie» aux soldats qui désavoueraient le régime.

Le vice-président brésilien Hamilton Mourao, dont le pays figure parmi ceux qui ont reconnu Juan Guaido comme président, a proposé la création d'un «corridor d'évacuation» afin d'exfiltrer Nicolas Maduro.  

Juan Guaido a déjà été reconnu par les États-Unis puis par plusieurs pays d'Amérique latine et par le Canada.

«Politique destructrice»

Nicolas Maduro peut toutefois compter sur le soutien de l'armée, réaffirmé jeudi par son ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino. Il est aussi soutenu par Pékin et Moscou.  

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dénoncé la «politique destructrice» des États-Unis dans le pays. «Nous voyons tous des appels ouverts à un coup d'État», a-t-il poursuivi, dénonçant un comportement «inadmissible» et contraire à la Charte de l'ONU.

L'Union européenne, qui considère comme illégitime le deuxième mandat de Maduro, prépare une «déclaration commune» appelant à la convocation rapide d'élections, faute de quoi plusieurs capitales plaident pour franchir le pas d'une reconnaissance de l'opposant Juan Guaido comme «président par intérim», selon des sources diplomatiques à Bruxelles.

«S'il n'existe pas de volonté de la part du régime vénézuélien de convoquer des élections [...] nous envisagerons» au sein de l'UE «l'adoption d'autres mesures dont la reconnaissance comme président par intérim» de Juan Guaido, a ainsi affirmé le chef de la diplomatie espagnole Josep Borrell.

L'Allemagne s'est également déclarée prête, «dans le cadre des consultations européennes», à reconnaître Juan Guaido comme président si des élections libres ne peuvent pas être organisées «d'ici peu».

Jeudi, les États-Unis ont demandé une réunion d'urgence samedi du Conseil de sécurité sur la situation dans le pays, malgré l'opposition déclarée de la Russie à une réunion sur un sujet «interne» au Venezuela.

Nicolas Maduro a annoncé vendredi que son ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, se rendrait à New York. «Si le débat a lieu demain (samedi), tant mieux. C'est un cadeau que nous offre Mike Pompeo», le secrétaire d'État américain, pour faire connaître «la vérité sur le Venezuela».  

M. Pompeo, qui a aussi nommé vendredi un émissaire, Elliott Abrams, pour contribuer à «restaurer la démocratie» au Venezuela, participera lui-même à la réunion pour appeler la communauté internationale à reconnaître Juan Guaido comme «président constitutionnel par intérim», selon le département d'État.  

L'aggravation de la crise politique dans ce pays pétrolier intervient en pleine débâcle économique, jadis prospère et désormais frappé par d'importantes pénuries de nourriture et de médicaments, et soumis à une hyperinflation qui devrait atteindre 10 000 000% en 2019.