Le bras de fer diplomatique s'est poursuivi jeudi entre Washington et le président Nicolas Maduro, qui a reçu le soutien de l'armée vénézuélienne et accusé les États-Unis d'inciter l'opposant Juan Guaido autoproclamé président à perpétrer un «coup d'État».  

Mis à jour le 24 janv. 2019
MARIA ISABEL SANCHEZ AGENCE FRANCE-PRESSE

Lors d'une session spéciale devant la Cour suprême, qui lui a renouvelé son appui, M. Maduro a remercié les militaires pour leur soutien face à ce qu'il a appelé un «coup d'État en marche» dirigé par «l'empire des États-Unis».

«Il ne fait aucun doute que c'est Donald Trump lui-même qui veut imposer de facto un gouvernement», a lancé le dirigeant socialiste, également soutenu par Moscou et Pékin. Peu avant, il avait annoncé la «fermeture de l'ambassade et de tous les consulats» de son pays aux États-Unis.  

Mercredi, il avait déjà annoncé la rupture des relations diplomatiques avec Washington, donnant 72 heures aux représentants américains pour quitter le pays.  

Le président Donald Trump a été le premier à reconnaître Juan Guaido, 35 ans, qui s'est autoproclamé mercredi «président en exercice» du pays en vue d'installer un «gouvernement de transition» et d'organiser des «élections libres». M. Trump a été suivi par de nombreux pays d'Amérique latine.  

Jeudi, les États-Unis ont maintenu la pression, en demandant une réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur la situation dans le pays, malgré l'opposition déclarée de la Russie à une réunion sur un sujet «interne» au Venezuela.  

Plus tôt, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a appelé l'Organisation des États américains (OEA) à reconnaître Juan Guaido comme «président par intérim du Venezuela».  Ses 34 membres actifs, réunis en session extraordinaire en présence de M. Pompeo, ne sont finalement pas parvenus à un consensus.

Juan Guaido, qui se trouvait jeudi «à l'abri» dans un lieu qui n'a pas été précisé, selon une source au sein de l'opposition, dit s'appuyer sur l'article 233 de la Constitution pour justifier sa proclamation.

Cette article établit plusieurs cas de vacance du pouvoir, tel que le renoncement, l'incapacité mentale ou la mort. Un point controversé est la déclaration d'«abandon de mandat», déjà invoqué en 2017 par le Parlement, aux mains de l'opposition et dont les décisions sont systématiquement annulées par la Cour suprême.

«Grâce à Dieu, à la Vierge et à tous les saints, aux anges et aux archanges [...] je ne suis pas fou [...] je vais très bien [...] jamais je ne renoncerai», a lancé Nicolas Maduro.  

«Loyauté absolue»

Il peut notamment compter sur la loyauté de l'armée, réaffirmée par la voix de son ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino.  

«J'alerte le peuple du Venezuela qu'un coup d'État est perpétré [...] contre notre président légitime», a lancé le ministre, entouré de tout le haut-commandement militaire, lors d'une conférence de presse.  

Huit généraux qui commandent des régions stratégiques du pays ont assuré également leur «loyauté et subordination absolue» au président. Lundi, une tentative de soulèvement d'un groupe de militaires à Caracas avait été rapidement réprimée.  

Outre l'armée, Nicolas Maduro a reçu le soutien de ses alliés russe et chinois, qui ont dénoncé les «ingérences extérieures» au Venezuela.

Prenant ses distances avec Washington, l'UE a demandé des «élections libres» et la Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits humains, Michelle Bachelet, a appelé depuis Davos à une «solution politique pacifique».  

Une cinquantaine de pays considèrent comme «illégitime» le deuxième mandat de M. Maduro, investi le 10 janvier, estimant que son élection, boycottée par l'opposition, n'a pas été transparente.

En visite au Panama, le pape François «soutient tous les efforts visant à éviter que d'autres souffrances ne soient infligées» aux Vénézuéliens, a déclaré un porte-parole du Vatican.

L'aggravation de la crise politique intervient en pleine débâcle économique dans ce pays pétrolier, jadis prospère et désormais frappé par d'importantes pénuries de nourriture et de médicaments, et soumis à une hyperinflation qui devrait atteindre 10 000 000 % en 2019.  

Depuis lundi, des foyers de protestation dans le pays ont fait 26 morts, selon l'ONG Observatorio Venezolano de Conflictividad Social.

Mercredi, Juan Guaido a une nouvelle fois tendu la main aux militaires pour qu'ils désavouent Maduro, leur promettant une loi d'amnistie.  

«La clé a toujours été à l'intérieur (du pays), dans l'articulation entre l'opposition et le soutien militaire», a estimé l'analyste Luis Vicente Leon «Mais à présent, Maduro [...] place la communauté internationale au premier plan. Il a beaucoup à perdre».

Sanctions pétrolières ?

«Ce qui affecte véritablement [...] la capacité de gouverner du régime de Maduro, ce sont les mesures de restriction économique ou financière», a estimé le spécialiste des relations internationales Mariano Alba.  

Les États-Unis achètent au Venezuela un tiers de sa production pétrolière, qui a chuté à 1,4 million baril/jour et représente 96% des entrées de devises. Selon Nicolas Maduro, ses ennemis souhaitent s'accaparer les réserves de brut du pays, les plus grandes au monde.  

«Trump va probablement explorer la possibilité de geler des actifs (vénézuéliens). A l'avenir, pourraient s'y ajouter des sanctions pétrolières», estime le cabinet Eurasia Group.  

Les manifestations de mercredi représentaient la première mobilisation d'ampleur depuis 2017. Les violentes manifestations avaient alors fait quelque 125 morts. L'opposition se prépare à une nouvelle grande marche pour la première semaine de février.