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Cohues et rationnement au Venezuela

Lorsque les produits de base comme le sucre... (PHOTO FEDERICO PARRA, ARCHIVES AFP)

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Lorsque les produits de base comme le sucre et la farine arrivent sur les rayons, les Vénézuéliens s'entassent fébrilement devant les supermarchés, comme ici à Caracas.

PHOTO FEDERICO PARRA, ARCHIVES AFP

Simon Pellet-Recht

collaboration spéciale

La Presse

(CARACAS) Alors que le bilan des manifestations s'élève à 41 morts depuis février, les pénuries continuent d'empirer au Venezuela. Si bien que le gouvernement tente maintenant de rationner ses citoyens.

«J'ai honte pour mon pays», souffle Jorgina Perez, une mère de famille qui vient de faire la queue pendant deux heures pour acheter quelques kilos de lait en poudre dans un quartier aisé de Caracas.

Le pays, qui dispose des plus grandes réserves pétrolières du monde, ne connaît plus l'abondance. Selon la Banque centrale du Venezuela, on signale des pénuries fréquentes de nombreux produits de base comme l'huile et le lait dans plus de 70% des lieux de vente. Le café, le sucre et la farine de maïs - indispensable pour la confection de la fameuse «arepa», un plat populaire - font défaut dans les mêmes proportions.

Lorsque ces denrées rares débarquent sur les rayons, les passants arrêtent toute activité pour sauter sur l'occasion et s'entassent fébrilement devant les supermarchés. Ils sont généralement patients avant d'entrer, protégés du soleil caribéen par des parapluies ou des bouts de carton. Mais une fois à l'intérieur, ils en viennent parfois aux coups pour un kilo de sucre ou de farine.

De leur côté, les marchands ambulants raflent tout ce qu'ils peuvent pour revendre les produits à prix fort quelques centaines de mètres plus loin. «Ici, on trouve de tout, même si c'est plus cher», explique Betty Dias, résidante de Petare, un immense quartier pauvre où prospère le petit commerce informel. La plupart des boutiques ont mis en place des systèmes de rationnement depuis quelques mois. «Nous n'avons pu acheter que deux paquets chacun», commente un couple de retraités à la sortie d'une supérette du centre-ville, les bras chargés de papier hygiénique.

Le président révolutionnaire Nicolás Maduro, qui assure être victime d'une «guerre économique», affirme régulièrement faire de grosses saisies dans des épiceries et des supermarchés accusés d'accaparement. Acculé par la crise, le successeur d'Hugo Chavez a dû lancer le 1er avril une carte «d'approvisionnement assuré» destinée à limiter le nombre d'achats par personne pour «lutter contre la contrebande et la spéculation».

Grâce à cette carte, les clients sont censés pouvoir acheter un minimum de 13 produits de base chaque semaine. «Ce n'est pas une carte de rationnement. Ce système favorise une meilleure distribution», dit Yvan Bello, lieutenant-colonel et président des supermarchés publics PDVAL. «Répondre aux nécessités d'un maximum de personnes et non vendre au plus offrant, c'est ça, le socialisme.»

Voiture ou maison à gagner

Pour favoriser l'adhésion à la carte d'approvisionnement des clients du PDVAL du quartier pauvre de San José, à Caracas, l'État offre même aux souscripteurs la possibilité de gagner une voiture ou une maison, voire un travail, souligne Alberlys Moreno, une jeune militante.

«Cela fonctionne, il y a déjà davantage de produits en rayon», assure José Aguero, militant du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), tout en montrant fièrement son tatouage «Hugo Chavez», en hommage au leader révolutionnaire mort il y a un an. En retrait, la petite commerçante Maria Rodriguez est moins euphorique: «Le choix est plus que limité et cela me suffit à peine pour la semaine. Je dois souvent faire le tour des supermarchés pour trouver ce dont j'ai besoin. Et chaque fois, ce sont des queues comme nous n'en avions jamais vu au Venezuela. On dirait Cuba!»

«Nous sommes encore loin du système de rationnement cubain», nuance cependant l'économiste Rafael Macquae. «À Cuba, l'État a remplacé le marché privé tandis qu'au Venezuela, il est encore vigoureux. Mais ce nouveau contrôle va créer de nouvelles distorsions dans l'économie, sans parler des coûts politiques. Les gens n'aiment pas être contrôlés.»




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