Habitué des déclarations fracassantes, l'ex-président mexicain Vincente Fox vient de jeter un pavé dans la mare en prônant un dialogue avec les cartels de la drogue qui pourrait déboucher sur une amnistie. Qualifiée d'«horrible» par les victimes et de «stupide» par les partis politiques, l'idée s'inscrit dans le débat actuel sur la possibilité d'un pacte avec le crime organisé.

Emmanuelle Steels, collaboration spéciale LA PRESSE

«Il faut obtenir un cessez-le-feu», a déclaré la semaine dernière M. Fox au sujet de la guerre qui oppose les autorités mexicaines aux cartels de la drogue, un conflit qui a entraîné 40 000 morts et des milliers de disparus au cours des cinq dernières années.

Inspiré par la Colombie

L'ex-président a également suggéré l'instauration d'une «table de dialogue» avec les chefs des organisations criminelles, projet qui pourrait déboucher d'après lui sur une amnistie partielle au bénéfice des narcotrafiquants qui acceptent de se soumettre à la justice. Fox a affirmé être inspiré par une initiative appliquée en Colombie dans les années 80: les narcotrafiquants qui se retiraient des affaires n'étaient pas extradés aux États-Unis et pouvaient conserver leurs biens.

«Il n'y a pas d'espace pour le pardon ou le dialogue avec les criminels. La seule option est de les combattre sans trêve», a répondu le gouvernement à Fox. Au cours des derniers mois, celui-ci a critiqué de manière intempestive la stratégie de l'actuel président, Felipe Calderon, pour combattre le crime organisé, comme l'utilisation des militaires pour mener une guerre frontale contre les cartels. Ils sont pourtant tous deux issus du Parti d'action nationale (conservateur). La plupart des législateurs mexicains ont qualifié les idées de Fox de «stupides». Un député a même traité l'ex-président de «voyou». Mais certains ont appelé à l'ouverture d'un débat sur le sujet.

Un débat inutile, d'après les spécialistes. «En Colombie, toutes les expériences de dialogue avec les criminels ont échoué lamentablement. M. Fox ne sait pas de quoi il parle. Aucun pays sérieux ne peut proposer une trêve à des organisations criminelles. Il faut nettoyer les structures de l'État de la corruption, c'est la seule solution pour fortifier l'État et combattre le crime organisé», explique Edgardo Buscaglia, expert en matière de crime organisé.

Pacte avec les cartels de la drogue

Ce tollé est venu se greffer sur le scandale provoqué par les récentes insinuations de Calderon, qui a accusé le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre droit), favori en vue de l'élection présidentielle de 2012, de vouloir conclure un pacte avec les cartels de la drogue pour réduire la violence. Certains dignitaires de ce parti, qui a gouverné le Mexique de 1929 à 2000, ont reconnu l'existence d'un tel pacte par le passé.

«L'idée d'un pacte, d'un dialogue ou d'une amnistie me paraît illogique et horrible», a affirmé en entretien avec La Presse Araceli Rodriguez, victime de la violence. Son fils, policier fédéral, a été enlevé par des narcotrafiquants en 2009. Ses bourreaux affirment l'avoir exécuté, mais son corps n'a jamais été retrouvé.

«Comment pourrais-je accepter qu'on dialogue avec ces gens-là? Il faudrait plutôt résoudre le problème de la corruption, car les victimes n'ont plus confiance dans les autorités. Celles-ci sont souvent complices des criminels. Dans ce cas, comment peut-on parler de pacte?», se demande-t-elle.