Devant la mairie du quartier de Palermo, Alex Freyre et José Maria Di Bello arborent un large sourire. Face aux journalistes, ils s'embrassent sans complexe et exultent: «Nous avons gagné, nous allons nous marier!»

Olivier Ubertalli, collaboration spéciale LA PRESSE

Voilà plus d'un an et demi que ce couple de militants homosexuels a entrepris une longue bataille pour la reconnaissance du mariage gai en Argentine. Après des mois de démarches judiciaires et plusieurs annulations de leur mariage célébré en décembre dernier, ils approchent enfin du but.

Le Sénat doit décider aujourd'hui s'il valide la première loi d'Amérique latine autorisant le mariage entre personnes du même sexe. Aujourd'hui député, l'ancien chef d'État Nestor Kirchner, mari de l'actuelle présidente Cristina Kirchner, a mis tout son poids politique pour faire adopter le texte il y a quelques semaines à la Chambre des députés.

Le vote s'annonce serré au Sénat: selon le quotidien argentin Clarin, on compterait 32 sénateurs pour, 30 contre et 10 encore indécis.

L'Église se mobilise

Dans une Argentine où 91% de la population se dit catholique, le sujet fait polémique. La question a suscité de très vifs débats politiques et l'Église catholique se mobilise à tout-va pour faire avorter la loi.

«Il s'agit d'une lutte pour l'égalité des droits, tout simplement. Il faut en finir avec l'apartheid contre les homosexuels», estime Alex Freyre, qui rejette l'idée de créer une simple «union civile» comme dans d'autres pays latino-américains, notamment l'Uruguay.

L'union civile «ne prévoit pas les protections financières et juridiques du mariage. Elle ne considère pas la communauté d'acquêts et exclut explicitement la protection des enfants», dit le quotidien Página 12, proche du pouvoir.

Si elle est adoptée, la loi du mariage accordera exactement les mêmes droits aux couples homosexuels qu'aux couples hétérosexuels, y compris le droit d'adopter.

Le cardinal Jorge Bergoglio, chef de l'épiscopat argentin, a sévèrement critiqué le projet et invité les prêtres à prendre position dans leurs homélies du dimanche.

«Ne soyons pas naïfs. Il ne s'agit pas d'une simple lutte politique, mais d'un plan destructeur contre Dieu (...). C'est un acte de mensonge qui veut confondre et tromper les enfants de Dieu», dit Jorge Bergoglio dans un communiqué de presse, avant d'inviter l'Esprit saint à aider les sénateurs à rejeter la loi.

«Projets du démon»

Pourtant, le mariage homosexuel a révélé des divisions au sein même de l'Église. Chef de file d'une soixantaine de religieux en faveur du mariage gai, le père Nicolas Alessio dénigre les propos du cardinal Bergoglio.

«On peut débattre, mais on ne peut pas aborder le sujet comme une guerre sainte. Il ne manque plus qu'on revienne aux pratiques du Moyen Âge et qu'on brûle les gens, comme durant l'Inquisition», s'emporte Nicolas Alessio, qui vient de se faire interdire de célébrer la messe par ses supérieurs.

En voyage en Chine, lundi dernier, la présidente Cristina Kirchner est sortie de sa réserve: «C'est inquiétant d'entendre des expressions comme «la guerre de Dieu» ou «projets du démon», qui nous renvoient à l'époque médiévale et à l'Inquisition.» La querelle entre le pouvoir politique et l'Église ne fait que commencer.