Au Mexique, la violence meurtrière des cartels de la drogue et la peur des enlèvements ou des racketteurs propulsent le marché de la sécurité, publique et privée, à des niveaux records.

Sofia Miselem AGENCE FRANCE-PRESSE

Le marché mexicain de la protection a le vent en poupe, avec un chiffre d'affaires annuels estimé entre 3,5 et 5 milliards de dollars et plus d'un million de salariés, selon le porte-parole de l'Expo Seguridad («Expo Sécurité») qui fermait ses portes jeudi à Mexico.

Signe de la vigueur du marché local, Expo Seguridad est considérée comme le plus grand rendez-vous du secteur en Amérique latine. «Malgré la crise économique internationale, le rendez-vous de Mexico a grandi de 20% en termes de visiteurs, exposants et surface», témoigne à l'AFP le porte-parole, Mario Arroyo.

L'insécurité dans le pays en a «tristement» fait l'un des meilleurs marchés pour les multinationales de l'industrie de la sécurité, souligne-t-il. «Au Mexique, les entreprises consacrent maintenant 12% de leur budget à la sécurité, contre 3 à 4% voici dix ans, et 2% au niveau mondial», selon lui.

Quand il évoque plus d'un million de salariés, M. Arroyo additionne les forces de police à tous niveaux, plus de 600 000 selon lui, et les effectifs du secteur privé, 500 000 environ. Sans compter l'armée, qui a déployé jusqu'à 50 000 hommes dans tout le pays en renfort des policiers.

Pendant trois jours, plus de 400 entreprises spécialisées et 18 000 professionnels se sont retrouvés autour de systèmes télévisés, GPS miniaturisés, voitures blindées ou vêtements pare-balles.

Au Mexique, les affrontements entre cartels pour le contrôle du trafic de la drogue et son acheminement vers les États-Unis, premier client mondial de la cocaïne, ont provoqué près de 23 000 morts ces trois dernières années.

Ce nombre inclut les pertes de part et d'autres dans les rangs des cartels et des forces de l'ordre: depuis son arrivée à la tête du pays en décembre 2006, le président Felipe Calderon a érigé la lutte contre les trafiquants en priorité nationale.

L'organisation civile Mexico Unido contra la Délincuencia («Le Mexique uni contre le crime») a répertorié en 2009 dans le pays 1,6 million de crimes et délits, dont 40,87% de vols. Meurtres, enlèvements et rackett constituent le reste, soit la majorité.

À l'inverse, Sergio Ramirez, représentant de Mobile Finder, une entreprise de localisation satellitaire qui siège à Hong Kong, est surpris de compter jusqu'à 20% de particuliers dans sa clientèle.

«Nous sommes au Mexique depuis sept mois et nous visons le marché du transport de marchandises et de biens, mais nos clients «entreprises» achètent également nos équipements pour leurs voitures, leur famille. Ils veulent savoir où leur fille sort le soir, où s'en va la grand-mère qui perd la mémoire, mais peut-être aussi craignent-ils un enlèvement», explique-t-il.

Miguel Caballero, sans surprise, demeure l'une des vedettes de l'exposition: ce tailleur colombien a innové dans le marché avec ses vêtements pare-balles, vestes, manteaux ou même chemises de 900 à 4 000 dollars.

Il prépare une ligne «anti-poignard» pour juillet: «ce sera surtout pour l'Asie, l'Inde, Hong Kong, car là-bas le risque n'est pas tellement de se faire tirer dessus mais plutôt d'être attaqué à coups de couteau», souligne-t-il.