(Glasgow) La COP26 a enregistré jeudi des engagements sur les énergies fossiles, principales causes du changement climatique, mais avec de grands absents alors même qu’une étude avertissait que les émissions de CO2 étaient quasiment revenues à leurs niveaux records d’avant COVID-19. L’activiste Greta Thunberg a fustigé la minceur des engagements.

Stéphane ORJOLLET Agence France-Presse

Une vingtaine de pays, dont de grands investisseurs comme les États-Unis et le Canada, et des institutions financières se sont engagés à mettre un terme d’ici fin 2022 au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles sans techniques de capture de carbone.

Gaz et pétrole

« Investir dans des projets d’énergie fossile laissés tels quels comporte de plus en plus de risques sociaux et économiques », écrivent les signataires dans une déclaration.

Les nations du G20 s’étaient accordées la semaine dernière pour cesser de soutenir les projets de centrales au charbon à l’étranger. Mais ce nouveau plan inclut pour la première fois gaz et pétrole et contient la promesse de réorienter cet argent vers des énergies renouvelables.

Si cet engagement est tenu, plus de 15 milliards de dollars devraient bénéficier aux énergies propres, estiment des experts.

Dans une autre initiative, promue par le gouvernement britannique, plus de quarante nations se sont engagées sur une « déclaration de transition du charbon vers l’énergie propre ».

Sortir du charbon… plus ou moins

Y figurent notamment des pays dans le top-10 des utilisateurs de charbon pour la production d’électricité, Corée du Sud, Indonésie ou Pologne.

PHOTO EVGENIY MALOLETKA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La mine de charbon Stepova juste avant l’aube à Pershotravensk, dans l’est de l’Ukraine, le lundi 1er avril 2019.

La Pologne avait toutefois déjà pris des engagements de sortie du charbon.

Et de grands acteurs du secteur — Australie, Chine, Inde, États-Unis, Japon ou Russie — ne figurent pas parmi les signataires.

Les organisateurs ont cité en exemple l’accord annoncé plus tôt à la COP26 par lequel l’Allemagne, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Union européenne se sont engagés à financer une « transition énergétique juste », à hauteur de 8,5 milliards de dollars, pour aider l’Afrique du Sud à sortir de sa dépendance énergétique au charbon. Ce pays n’est cependant pas signataire de l’accord sur ce combustible.

Les hôtes britanniques ont manifesté leur enthousiasme, à l’image d’Alok Sharma, le président de la COP26, pour qui « nous arrivons au moment où nous renvoyons le charbon aux livres d’Histoire ».

Subventions de 188 milliards aux énergies fossiles

« Nous devons mettre les financements publics du bon côté de l’Histoire », a renchéri le secrétaire d’État britannique aux entreprises, Greg Hands.

Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), pour préserver l’objectif idéal de l’accord de Paris d’un réchauffement contenu à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, le monde doit abandonner dès aujourd’hui tout nouveau projet dans les énergies fossiles.

Or selon l’ONG Oil Change International, entre 2018 et 2020, les seules nations du G20 en ont financé à hauteur de 188 milliards de dollars, principalement via des banques multilatérales de développement.

Et 95 % des producteurs de pétrole et de gaz explorent ou prévoient d’exploiter de nouvelles réserves d’hydrocarbures, selon un rapport rendu public jeudi par un groupe international d’ONG.

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Après des engagements sur la réduction de 30 % des émissions de méthane en début de semaine, nombre d’observateurs ont toutefois estimé que les annonces de jeudi représentaient un nouveau « pas dans la bonne direction », comme Tasneem Essop, la directrice du Climate Action Network International.

« Le GIEC est parfaitement clair : pour éviter un désastre climatique, il faut mettre un terme à notre dépendance aux énergies fossiles et l’élimination du financement est un pas en avant essentiel », a résumé Jennifer Layke, du World Resources Institute, faisant référence aux experts climat de l’ONU.

Un « festival d’écoblanchiment », dit Greta

Un optimisme loin d’être partagé par la jeune égérie du climat Greta Thunberg, qui a fustigé sur Twitter les restrictions d’accès à cette COP — d’une ampleur sans précédent selon elle — que dénoncent aussi les ONG.

Ce n’est plus une conférence sur le climat. C’est un festival d’écoblanchiment des pays riches. Une célébration du “business as usual” et du bla-bla.

Greta Thunberg

Soulignant l’urgence de la situation, une étude scientifique, diffusée à l’occasion de la COP, a rappelé la froide réalité des chiffres : malgré le trou d’air de la pandémie de COVID-19, qui avait fait fortement reculer les émissions de CO2 en 2020, le mouvement est déjà reparti à la hausse.

D’après le Global Carbon Project, ces émissions auront rebondi en 2021 à moins de 1 % au-dessous de leur niveau record de 2019, laissant de moins en moins de temps pour remplir l’objectif de +1,5 °C. Et la source très majoritaire de production de CO2, le principal gaz à effet de serre, est justement la combustion des énergies fossiles.

« Un rappel à la réalité de ce qui se passe dans le monde pendant que nous discutons à Glasgow de la façon de combattre le changement climatique », note la climatologue Corinne Le Quéré, un des auteurs de l’étude.