(New York) Et si le prochain chef de l’ONU était une femme ? Canadienne de surcroît ?

Stéphanie Fillion
Collaboration spéciale

Lorsque António Guterres, le secrétaire général actuel des Nations unies, a annoncé son désir d’obtenir un deuxième mandat en janvier dernier, bien des observateurs pensaient que la campagne était déjà gagnée pour l’ancien premier ministre du Portugal et haut-commissaire pour les réfugiés. Les candidats potentiels se faisaient silencieux, et déjà, les cinq membres du Conseil de sécurité, qui ont un droit de veto sur la décision, semblaient soutenir Guterres.

Quelques jours plus tard, Arora Akanksha, une employée du Programme des Nations unies pour le développement, est venue défier le statu quo en lançant sa campagne pour devenir secrétaire générale sur les médias sociaux. Âgée d’à peine 34 ans, la citoyenne canadienne vient brouiller une campagne qui devait être sans histoire.

PHOTO FOURNIE PAR ARORA AKANKSHA

Arora Akanksha aspire à devenir la première secrétaire générale des Nations unies.

Du Canada aux Nations unies

Arora Akanksha est née en Inde dans famille de réfugiés pakistanais. Elle a grandi en Arabie saoudite et a déménagé au Canada lorsqu’elle avait 18 ans pour étudier à l’Université York, à Toronto.

« On ne m’a jamais fait sentir comme une étrangère au Canada, le pays m’a ouvert ses portes d’une manière tellement chaleureuse et beaucoup d’autres immigrants que je connais ont eu la même expérience », a-t-elle dit en entrevue avec La Presse.

Après avoir obtenu son diplôme, elle a travaillé pour PricewaterhouseCoopers à Toronto, puis, il y a environ quatre ans, elle a obtenu un emploi aux Nations unies, à New York, pour travailler sur les évaluations internes et les réformes.

« J’avais accès à l’échelon supérieur de l’ONU, explique-t-elle, et ils ont tellement peur de prendre des risques. »

Après quelques années passées au sein de l’ONU, elle est rapidement devenue critique de la gestion de l’organisation et déplore que la politique y ait souvent priorité sur l’humain : « Il a échoué à réformer l’institution, dit-elle à propos de M. Guterres. Il a échoué en tant que [haut-commissaire] pour les réfugiés. Il était à la tête de l’agence avant de venir à New York, il comprend donc leur situation. Il connaît leurs souffrances et leurs espoirs mieux que n’importe qui d’entre nous puisqu’il les a servis directement. Malgré tout, il n’a pris aucune décision pour maximiser leur accès à des ressources. »

Arora Akanksha est convaincue que l’organisation peut être dirigée d’une manière plus efficace, tout en priorisant la mission originale de l’ONU, qui est d’assurer la paix et de maintenir la sécurité autour du monde.

Sa campagne, nommée UNOW, donne la priorité à la question des réfugiés, aux crises humanitaires, à l’éducation et aux nouvelles technologies.

Campagne différente

La campagne d’Arora Akanksha en a surpris plus d’un à New York, puisque les candidats pour ce poste sont normalement d’anciens chefs d’État ou ministres. Kofi Annan, lui, était un employé de l’ONU très haut placé au sein de l’organisation. Ce n’est pas le cas d’Arora Akanksha.

Au cours des 75 dernières années, les secrétaires généraux de l’ONU ont été choisis à la suite d’un processus relativement opaque, par ses États membres. Certaines réformes ont rendu le processus plus transparent en 2015, et même ouvert la porte à des autonominations comme celle d’Arora Akanksha. Les candidats sont normalement présentés par leur pays d’origine.

Arora Akanksha a plutôt décidé de faire une campagne populaire, sur les réseaux sociaux, avec l’espoir de se faire officiellement nommer par le Canada.

Je vais demander au Canada de me nommer, mais je vais le faire plus tard ; je souhaite tout d’abord donner une chance au pays de me connaître et d’en apprendre plus sur ma vision.

Arora Akanksha, candidate au poste de secrétaire général des Nations unies

La mission du Canada à l’ONU le confirme. « Arora Akanksha n’a pas demandé au Gouvernement du Canada d’entériner sa candidature, précise Mélissa Kent, porte-parole de la mission du Canada à l’ONU, dans un courriel. Le ou la prochain(e) secrétaire général(e) de l’ONU accédera à l’un des postes les plus exigeants du monde. Le Canada sera là pour l’épauler et pour aider l’ONU à faire du monde un endroit meilleur pour ses 7,5 milliards d’habitants. »

La candidate a encore beaucoup de travail à faire avant d’être considérée comme un choix sérieux. Bien qu’elle ait envoyé une lettre pour annoncer sa candidature au président de l’Assemblée, Volkan Bozkir, pour se déclarer candidate, cette candidature n’est toujours pas reconnue comme officielle, confirme un courriel envoyé par le porte-parole de M. Bozkir, Brenden Varma.

Une première femme

La campagne de sélection en est toujours à ses débuts : les États membres ont jusqu’au mois de juin pour présenter des candidats, et le vote officiel aura lieu en octobre. Jusqu’à présent, M. Guterres est le seul candidat officiel.

En 75 ans, l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme. Arora Akanksha souhaite donc élever la voix des femmes et celle de sa génération au cours de cette campagne.

« Il faut penser au fait que la moitié de la population mondiale a moins de 30 ans en ce moment, dit-elle. Donc, on veut un chef qui connaît cette tranche d’âge, qui peut comprendre la souffrance de ces jeunes qui n’ont pas la liberté économique pour faire ce qu’ils veulent, qui n’ont pas les chances qu’ils méritent. Si on veut avoir des résultats différents, on doit faire les choses différemment. »