(Genève) L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a salué lundi les appels de la plupart de ses États membres pour lancer une enquête indépendante sur la manière dont elle a géré la réponse internationale face au nouveau coronavirus, alors que les divisions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine continuent d’être mises en relief.

Jamey Keaten et Maria Cheng
Associated Press

« L’évaluation complète », demandée par une coalition de pays africains, européens et autres, vise à passer en revue les « enseignements tirés » de la coordination par l’OMS de la réponse mondiale à la COVID-19, mais cette enquête ne s’arrêterait pas sur des questions litigieuses telles que les origines du nouveau coronavirus.

Le président américain Donald Trump a affirmé avoir des preuves suggérant que le coronavirus provenait d’un laboratoire en Chine, tandis que la communauté scientifique a insisté jusqu’à présent sur les preuves montrant que le virus a probablement sauté chez l’homme à partir d’animaux.

Lundi, à Washington, Donald Trump a reproché à l’OMS d’avoir fait « un travail très triste » et a déclaré qu’il envisageait de réduire le financement annuel américain de 450 millions de dollars par an à 40 millions de dollars.

« Ils nous ont donné beaucoup de mauvais conseils, des conseils terribles », a-t-il dit. « Ils avaient tellement tort, toujours du côté de la Chine. »

Plus tard lundi, Donald Trump a tweeté une lettre qu’il avait envoyée au directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Dans la lettre, Donald Trump a déclaré que « la seule voie à suivre » est que l’OMS « puisse réellement démontrer son indépendance vis-à-vis de la Chine ».

Donald Trump a déclaré qu’à moins que l’OMS ne s’engage à « des améliorations substantielles au cours des 30 prochains jours », il rendrait permanente une suspension temporaire du financement américain.

L’assemblée annuelle normalement bureaucratique de l’OMS cette semaine a été éclipsée par des récriminations mutuelles et des tirs politiques entre les États-Unis et la Chine.

Le président Trump a attaqué l’OMS à plusieurs reprises, affirmant qu’elle avait aidé la Chine à dissimuler l’étendue de la pandémie de coronavirus à ses débuts. Plusieurs législateurs républicains ont appelé à la démission d’Adhanom Ghebreyesus Tedros.

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Le directeur général de l’OMS Adhanom Ghebreyesus Tedros

Le secrétaire américain à la Santé et aux Services sociaux, Alex Azar, a déclaré lundi qu’il était temps de dire franchement pourquoi la COVID-19 avait « échappé à tout contrôle ».

« Cette organisation n’a pas réussi à obtenir les informations dont le monde avait besoin et cet échec a coûté de nombreuses vies », a expliqué Alex Azar. S’exprimant quelques heures après que le président chinois Xi Jinping a annoncé que la Chine fournirait 2 milliards de dollars pour aider à répondre à l’épidémie et à ses conséquences économiques, Alex Azar a déclaré que les États-Unis avaient alloué 9 milliards de dollars aux efforts de confinement dans le monde.

M. Tedros a déclaré qu’il lancerait une évaluation indépendante de la réponse de l’OMS « le plus tôt possible » — faisant allusion aux conclusions publiées lundi dans un premier rapport par un organe consultatif de surveillance chargé d’examiner la réponse de l’OMS.

Le rapport de 11 pages soulève des questions telles que la pertinence du système d’alerte de l’OMS pour avertir le monde en cas d’épidémie et suggère que les États membres pourraient avoir besoin de « réévaluer » le rôle de l’OMS dans sa façon de conseiller les pays.

Dans ses remarques d’ouverture à la réunion de l’OMS, M. Tedros a tenu bon et a cherché à se concentrer sur les plus gros problèmes posés par l’épidémie, en disant : « nous avons été humiliés par ce très petit microbe ».

« Cette contagion expose les lignes de faille, les inégalités, les injustices et les contradictions de notre monde moderne », a déclaré le directeur général de l’OMS. « Et les divisions géopolitiques ont été mises en relief. »

La Chine, quant à elle, a cherché à détourner l’attention de ses efforts renouvelés pour ralentir la pandémie de coronavirus, le président Xi Jinping a annoncé des dépenses de 2 milliards de dollars sur deux ans pour combattre le virus. L’année dernière, la Chine a fait don d’environ 86 millions de dollars à l’OMS.

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Le président chinois Xi Jinping

Le porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis, John Ullyot, a qualifié la contribution récemment annoncée de la Chine de « distraction » pour détourner l’attention des appels d’un nombre croissant de pays qui exigent que la Chine rendre des comptes pour avoir manqué à ses obligations. Il a dit que puisque la Chine était « la source » de l’épidémie, elle avait « une responsabilité particulière de payer plus et donner plus ».

Le président Xi a insisté sur le fait que la Chine avait agi avec « ouverture, transparence et responsabilité » lorsque l’épidémie a été détectée à Wuhan. Il a déclaré que la Chine avait fourni toutes les données pertinentes sur les éclosions à l’OMS et à d’autres pays, y compris la séquence génétique du virus, « dans les meilleurs délais. »

Le président chinois a indiqué que ces dernières semaines, la Chine avait expédié des fournitures médicales dans plus de 50 pays africains et que 46 équipes médicales chinoises étaient actuellement sur le continent pour aider les autorités locales.

D’autres dirigeants, notamment les présidents de la France, de la Corée du Sud et de l’Afrique du Sud et la chancelière allemande, ont également été sollicités pour apporter leur soutien à l’OMS, qui a été mise sur la défensive par une administration Trump qui l’a blâmée pour avoir mal géré l’épidémie et montré trop d’éloges envers la réponse de la Chine.

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De gauche à droite: le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, la présidente suisse Simonetta Sommaruga, Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, le président chinois Xi Jinping, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron, le président sud-coréen Moon Jae-in, la première ministre de la Barbade Mia Mottley et le président sud-africain Cyril Ramaphosa, lors d'une réunion virtuelle au quartier général de l’OMS à Genève

L’administration Trump a affirmé que l’OMS avait critiqué l’interdiction de voyager aux États-Unis que Donald Trump avait ordonnée aux personnes arrivant de Chine.

Le président Trump a ordonné une suspension temporaire du financement de l’OMS aux États-Unis-le plus grand donateur de l’agence de santé — en attendant un examen de sa réponse à la pandémie. L’organe consultatif, faisant écho aux commentaires de nombreux pays, a déclaré qu’un tel examen au cours de la « phase de réaction face à la pandémie » pourrait nuire, justement, à la capacité de l’OMS qui de répondre à la pandémie.

Xi Jinping a déclaré que la Chine soutenait l’idée d’un examen complet de la réponse mondiale à la COVID-19 et qu’elle devrait être « basée sur la science et le professionnalisme », et conduite « de manière objective et impartiale ».

M. Tedros a souligné que l’OMS a déclaré que l’épidémie de coronavirus était une urgence sanitaire mondiale le 30 janvier, son niveau d’alerte le plus élevé, à un moment où il y avait moins de 100 cas en dehors de la Chine. Au cours des semaines suivantes, l’OMS a averti les pays qu’il existait une « fenêtre d’opportunité » qui se rétrécissait pour empêcher la propagation du virus dans le monde.

Au cours des premiers mois de l’épidémie, les responsables de l’OMS ont décrit à plusieurs reprises la propagation du virus comme « limitée » et déclaré qu’elle n’était pas aussi transmissible que la grippe ; les experts ont depuis déclaré que la COVID-19 se propageait plus rapidement. Elle a déclaré que l’épidémie était devenue une pandémie le 11 mars, après que le virus eut tué des milliers de personnes dans le monde et déclenché de grandes épidémies en Corée du Sud, en Italie, en Iran et ailleurs.