Des centaines de millions de personnes dans le monde pourraient refuser de recevoir un vaccin contre la COVID-19, notamment dans les pays riches, ce qui freinerait son effet protecteur.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Aux États-Unis, pas moins de 23 % de la population adulte pourrait refuser d’être vaccinée contre le nouveau coronavirus, selon un nouveau sondage réalisé par l’Université du Minnesota et l’Université de l’Oklahoma.

« Je m’attendais à ce que des gens refusent, mais 23 %, c’est beaucoup », explique en entrevue téléphonique Kristin Lunz Trujillo, candidate au doctorat en science politique à l’Université du Minnesota et chercheuse sur la question de l’attitude vis-à-vis de la vaccination.

Les experts évaluent qu’entre 50 % et 70 % de la population d’un pays devrait être immunisée contre la COVID-19 pour espérer freiner la propagation du virus.

Lors de la saison de la grippe 2017-2018, particulièrement sévère, à peine 37 % des adultes aux États-Unis ont choisi de se faire vacciner.

Plus riches, plus sceptiques

Les opposants aux vaccins s’appuient sur des informations non soutenues par la communauté médicale pour étayer leurs craintes. Or, loin de diminuer, leur nombre tend à augmenter à mesure qu’un pays s’enrichit et que sa population devient plus instruite.

Par exemple, sur le plan mondial, 79 % des répondants sont d’avis que les vaccins sont sécuritaires, une proportion qui tombe à 76 % au Canada et à 72 % aux États-Unis. En Europe de l’Ouest, à peine 59 % des gens croient que la vaccination est sécuritaire, selon le rapport de 2018 de l’organisation britannique Wellcome.

PHOTO MATT DUNHAM, ASSOCIATED PRESS

Des opposants à la vaccination se sont rassemblés à Londres, le 2 mai dernier.

Ce scepticisme sur la vaccination dans les pays riches est souvent attribué au fait que la population n’a plus à se battre contre des épidémies, ce qui crée une certaine insouciance chez les gens.

Or, dans une étude qui est en processus de révision par les pairs, Mme Lunz Trujillo montre plutôt que c’est l’accès plus facile à la désinformation contre la vaccination qui est derrière ce phénomène.

« Plus un pays s’enrichit, plus sa population a accès à l’internet, dit-elle. Des gens qui se méfiaient déjà des experts et des professionnels de la santé peuvent aller en ligne, trouver de la désinformation au sujet des vaccins, et décider d’adopter cette désinformation. »

Le profil des gens qui refusent la vaccination ne s’explique pas par les clivages politiques habituels, dit-elle.

« Ils tendent à être plus instruits que la moyenne. Ils partagent aussi plusieurs traits psychologiques, comme être plus affectés par les choses “dégoûtantes”, menaçantes ou désagréables. Ils ont tendance à être captivés par des théories du complot. Politiquement, ils sont autant à gauche qu’à droite. »

Désinformation

Tim Caulfield, professeur de droit et de santé publique à l’Université de l’Alberta et auteur du livre The Vaccination Picture, dit être inquiet de voir que des gens ont déjà pris la décision de tourner le dos à un éventuel vaccin contre la COVID-19.

Déjà, on voit la communauté antivaccin répandre de la désinformation. Il y a beaucoup de théories du complot qui circulent, beaucoup de scepticisme. C’est très troublant.

Tim Caulfield, professeur de droit et de santé publique à l’Université de l’Alberta

La bonne nouvelle, dit-il, c’est que les militants antivaccins purs et durs forment généralement moins de 10 % de la population d’un pays.

« Ce sont des gens qui associent la vaccination au contrôle du gouvernement, aux régimes totalitaires. L’inquiétude est que leur rhétorique ait un impact sur les gens qui hésitent. »

M. Caulfield note que les gouvernements et les professionnels de la santé ne doivent pas tenir pour acquis que l’ensemble de la population va se mettre en file dès le jour où un vaccin sera offert.

« Il faudra avoir un vaccin bien étudié, accompagné d’une bonne campagne de santé publique, et ça doit inclure d’écouter les gens et de répondre à leurs questions et inquiétudes. »

L’accessibilité du vaccin devra aussi faire partie des priorités, dit-il.

« Souvent, ce n’est pas parce qu’ils hésitent que les gens ne vont pas vers la vaccination, mais en raison de barrières comme l’accessibilité, le fait qu’un parent est chef de famille monoparentale, etc. »

Une fois la campagne menée, les instances de santé publique devront suivre le taux de vaccination, et changer les mesures si le taux est trop bas. Par exemple, certains employeurs pourraient ne pas admettre des employés non vaccinés sur leur lieu de travail, ou des écoles publiques pourraient exiger que les enfants qui les fréquentent soient vaccinés. En France, par exemple, les enfants ne peuvent pas fréquenter l’école s’ils ne sont pas vaccinés.

Au Canada, les provinces de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick sont les seules à obliger les parents à fournir une preuve de vaccination de leurs enfants au moment de les inscrire à l’école.

« Il faudra voir comment le vaccin est accepté dans la population, dit M. Caulfield. Pour l’instant, j’ai espoir de voir les Canadiens se rallier à l’idée de stopper la pandémie de COVID-19. »