Malgré le confinement de près de la moitié de la population de la planète, la pandémie de COVID-19 continue de gagner du terrain, le nombre de cas de contamination officiellement recensés excédant désormais le seuil du million.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Bien que certains États comme la Corée du Sud et le Japon aient réussi à endiguer la crise, des pays riches peinent à contenir la propagation du nouveau coronavirus, tandis que de nombreux pays en développement appréhendent le pire.

Des experts interrogés jeudi par La Presse relèvent que ces derniers sont déjà minés par des problèmes socioéconomiques importants et ne disposent pas des ressources en santé requises pour faire face à la pandémie.

« Ça va être catastrophique en termes de morts et de malades », prévient François Audet, qui chapeaute l’Institut d’études internationales de Montréal.

Le résultat le plus probable, note Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, est que de nombreux États démunis vont être complètement submergés de cas dans les prochaines semaines malgré les efforts de confinement.

PHOTO JOHN WESSELS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Sous l’œil attentif d’un jeune garçon, un travailleur municipal désinfecte une école dans un quartier pauvre de Dakar, au Sénégal.

Le coronavirus finira, dit-il, par arrêter de lui-même sa course après avoir infecté plus de 60 % ou 70 % de leur population, atteignant le seuil d’« immunité collective » au-delà duquel la transmission devient difficile.

Ces pays « vont perdre beaucoup de monde » dans le processus, prévient sobrement M. Mâsse.

Manque de solidarité

Une étude récente de l’Imperial College de Londres indique que des centaines de milliers de morts sont à prévoir uniquement en Afrique subsaharienne, même avec des mesures de confinement relativement sévères.

M. Audet déplore le manque de solidarité internationale face à la crise. Plutôt que la collaboration, c’est le « chacun pour soi » qui règne, les États rivalisant entre eux pour s’approprier l’équipement de protection médical et les appareils requis pour prendre en charge les patients les plus touchés.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, le DTedros Adhanom Ghebreyesus, a souligné mercredi que la pandémie avait « mis en relief les faiblesses et les iniquités de nos systèmes de santé, notre manque de préparation et les ratés dans nos chaînes d’approvisionnement ».

Ces difficultés sont notamment manifestes en Europe, où près de la moitié des cas de contamination et la majorité des 50 000 morts recensés à ce jour ont été comptabilisés. L’Italie et l’Espagne, qui présentent des taux de mortalité de plus de 200 par million d’habitants, demeurent les plus touchées.

M. Mâsse note que les résultats des derniers jours sont encourageants du côté italien puisque le nombre de morts quotidiens tend à se stabiliser.

PHOTO CIRO DE LUCA, REUTERS

À Naples, en Italie, un homme possiblement atteint de la COVID-19 est transporté à l'hôpital. 

La mauvaise nouvelle, dit-il, est que l’on voit, en se basant sur la situation de la Chine, où la pandémie a commencé, qu’il a fallu une quarantaine de jours pour que le nombre de morts finisse par tomber à zéro après avoir atteint un pic.

Tout relâchement précipité des mesures de distanciation sociale, qui ont un énorme impact économique, doit être évité durant cette période parce qu’il pouvait entraîner un rebond du nombre de cas.

Le nombre de cas et de morts monte vite, mais ça redescend ensuite beaucoup plus lentement [après le pic].

Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

L’approche du confinement généralisé, dit-il, permet d’éviter que les services hospitaliers soient submergés, mais il est coûteux sur le plan économique et n’assure pas au bout du compte l’immunité collective de la population contre une nouvelle éclosion puisque la majorité des gens n’ont pas, au final, été exposés au virus.

Le président des États-Unis, Donald Trump, à l’instar du premier ministre britannique Boris Johnson, a songé un temps à laisser le nouveau coronavirus se propager librement sur le territoire national. Il a finalement révisé son approche en voyant que deux millions de ses compatriotes risquaient dans le processus de perdre la vie selon l’étude de l’Imperial College.

Le coronavirus n’en continue pas moins de progresser, faisant actuellement des États-Unis le pays comptant, en chiffres absolus, le plus grand nombre de cas déclarés, soit plus de 200 000.

La responsabilité de la Chine 

François Audet pense que la Chine, qui a contrôlé l’épidémie par de sévères mesures de confinement après avoir nié son existence pendant près de deux mois, porte une lourde responsabilité dans la crise planétaire en cours.

Le régime du président Xi Jinping a menti sur le nombre de cas et de morts et a minimisé de ce fait la dangerosité du virus, relève l’analyste, qui assimile le comportement des dirigeants de la Chine à celui du gouvernement russe au moment de l’accident nucléaire de Tchernobyl.

« S’ils avaient donné les chiffres réels, les autres pays se seraient mieux préparés à ce qui s’en venait », insiste M. Audet.